Appel à contribution | 6

ESP

Mélodrame et tragédie. Regards croisés entre le cinéma et le théâtre contemporains (Mexique-Argentine)

Sous la direction de Sophie Dufays et Françoise Heitz

Le mélodrame en général est fréquemment conçu comme une forme dégradée et désacralisée de la tragédie (à partir de Peter Brooks, qui voit une rupture historique entre les visions tragique et mélodramatique du monde) ou, de manière moins négative, comme une tragédie populaire et modern(isé)e. D’autres considèrent (comme Robert Heilman) que mélodrame et tragédie sont deux catégories intemporelles et opposées quant à la caractérisation du héros et à la nature du conflit. Dans le contexte latino-américain, la tragédie classique est une référence culturelle permanente pour évaluer le mélodrame. Selon de nombreux critiques, les mélodrames les plus « réussis » seraient ceux qui parviennent au « niveau (sublime) de la tragédie ». À l’inverse, du côté des créateurs, beaucoup reprennent des mythes, des thèmes ou des structures tragiques pour écrire ou réaliser des mélodrames (pensons au film d’Arturo Ripstein Así es la vida (2000), fondée sur la tragédie de Médée).

Au-delà de ces exemples, quels rapports à la tragédie (si ceux-ci existent) impliquent l’adoption, l’adaptation ou le rejet du mélodrame dans une œuvre théâtrale ou cinématographique contemporaine en Amérique Latine ?  Peut-on également concevoir dans certains mélodrames un affranchissement des grands schèmes tragiques ? Et dans quelle mesure les œuvres tragiques actuelles sont-elles des mélodrames « élevés » ? En particulier, comment les notions de « tragique » et de « non-tragique » sont-elles utiles et pertinentes pour analyser et interpréter les pièces de théâtre et les films latino-américains contemporains qui sont influencés positivement ou négativement par « le mélo » ?

Ce dossier thématique abordera les relations entre mélodrame et tragédie dans le cinéma (de fiction) et le théâtre mexicains et argentins des deux dernières décennies à partir de six axes privilégiés :

– la caractérisation plus ou moins schématique et polarisée des protagonistes-victimes. Le mélodrame est-il capable de produire des personnages « complexes », divisés comme les héros tragiques ?

– le type de conflit dramatique. N’est-ce pas une simplification abusive d’opposer le caractère métaphysique du conflit tragique au caractère social du conflit mélodramatique ?

– le lieu-clé du dénouement des œuvres et la résolution du conflit de la reconnaissance, aussi typique du mélodrame que de la tragédie ;

– la question du public. Si celui du mélodrame est réputé « massif » et féminin, la tragédie implique-t-elle par contraste plus d’élitisme et d’universalisme (ou de masculinité) ?

– la notion d’excès, aussi bien en ce qui concerne le style et la mise en scène que les émotions et les sentiments exprimés et suscités ;

– et finalement, les influences réciproques entre théâtre et cinéma.

  • Langues acceptées : espagnol, français, anglais.
  • Calendrier et normes de rédaction :
  • extension : max. 50 000 signes (espaces, notes et bibliographie incluses)
  • date de remise des textes : 1/2/2017 (dufays@uclouvain.be et jmfheitz@numericable.fr)
  • les évaluations anonymes seront envoyées aux auteurs avant le 15/3/2017
  • envoi des textes révisés avant le 15/4/2017
  • publication électronique prévue en juillet 2017
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