Former les interprètes de conférences ou comment éviter le casus belli


Résumés


L’interprétation de conférence s’inscrit dans une situation de communication particulière, double en quelque sorte, puisqu’elle suppose le truchement d’un intermédiaire, le « surdestinateur », sur qui repose une grande part de la responsabilité de l’échange (dans le cadre de la résolution pacifique de conflits notamment, l’interprète fait preuve de compétences comparables à celles d’un diplomate). Un interprète, s’il veut être efficace, doit, en principe, éviter à tout prix que les malentendus s’installent entre l’orateur (dont il est chargé de traduire le discours, en consécutive ou en simultanée) et le public à qui est destiné le discours. Les compétences qu’il doit développer vont de l’empathie à la clarté de l’élocution, de la culture au bon usage des connecteurs logiques, sans parler de la connaissance de la langue de départ ou de la compréhension du sens, des sous-entendus, etc.
Pour préparer ces futurs interprètes, les pédagogues ont mis sur pied un exercice déjà complexe, première étape du cheminement qui permettra peut-être aux étudiants de devenir de bons professionnels de l’interprétation. Il s’agit en quelque sorte d’exercices d’interprétation consécutive français-français. Dans le cadre de ce cours, en deuxième année à la Faculté de Traduction et d’Interprétation – École d’Interprètes internationaux de l’Université de Mons – Belgique (master en 5 ans), l’analyse des erreurs sous l’angle du malentendu permet de les décrire, de déterminer leurs causes et leurs conséquences, d’évaluer leur importance et leur nature, de chercher des remèdes, d’améliorer la formation des futurs interprètes dont la langue de travail est le français.

Conference interpreting falls within a specific communication situation, a double communication situation in some way since it assumes the intervention of an intermediary, a second addresser who bears most of the responsibility of the exchange (in the case of a peaceful conflict resolution for example, the interpreter demonstrates skills similar to those of a diplomat). An interpreter, if he wants to be effective, must in theory completely avoid misunderstandings between the speaker (whose speech he has to translate, consecutively or simultaneously) and the audience to whom the speech is delivered. The skills he needs to develop range from empathy to clarity of speech, from culture to proper use of logical connectors, not to mention the knowledge of the source language or the understanding of the message, of implied information, etc.
To prepare the future interpreters, pedagogues have created a quite difficult exercise, a first step in the journey thanks to which students may become good professional interpreters. It is a sort of French-French consecutive interpretation exercise. As part of this course, during the second year at the Faculty of Translation and Interpretation – School of International Interpreters of the University of Mons in Belgium (master in 5 years), an analysis of the errors from the perspective of misunderstandings makes it possible to describe them, to identify the causes and consequences, to evaluate their importance and nature, to look for solutions, to improve the training of future interpreters whose working language is French.

Mots clés : interprétation de conférence (consécutive et simultanée) ; pédagogie ; évaluation
Keywords: conference interpreting (consecutive and simultaneous) ; teaching methods ; evaluation

Interprète de conférences, entre rêve et réalité

Qu’est-ce qu’un interprète de conférence ? Les amateurs de poésie se souviendront peut-être du mystérieux poème « Boulevard de l’Empereur » de Marcel Thiry :

Aimer la galerie à traductrices.
Elles siègent dans le haut bleuté des vitrines
Avec des mobilités de lèvres muettes.
C’est des sirènes prises dans ma banquise,
Parlantes et insonores dans la banquise
Qui les loge en des blocs cellulaires et bleus[1].

Les cinéphiles auront à l’esprit le personnage de Sylvia Broome, joué par Nicole Kidman dans un film que Sidney Pollack tourne en 2005 – Sylvia y est Interprète à l’O.N.U. Pour préparer ce rôle, l’actrice a suivi des cours de musique, de français et de ku (langue imaginaire).
Mais il ne suffit pas de connaître deux ou trois langues pour être interprète. Le site internet « onisep.fr », où l’on trouve « L’info nationale et régionale sur les métiers et les formations », précise quelques-unes des qualités requises :

L’interprète de conférence maîtrise parfaitement sa langue maternelle et au moins 2 langues étrangères. Il doit être curieux, cultivé et spécialisé. Une spécialisation technique, scientifique ou juridique est très importante pour améliorer les débouchés, la qualité du travail et la rapidité d’exécution. Un professionnel efficace doit aussi savoir mettre ses atouts en valeur, prospecter pour trouver des clients, négocier ses tarifs, faire preuve de souplesse (pour s’adapter à toute situation) et travailler avec rigueur et précision. Enfin, l’interprétation réclame une certaine résistance au stress et à la pression.

Cette description destinée aux jeunes additionne et mêle inextricablement compétences, savoir-faire et savoir-être (nous avons souligné les mots clés qui nous intéressent). Pour être efficace, l’interprète doit maîtriser parfaitement sa langue maternelle ; rapidité, rigueur et précision sont essentielles. Dans le cadre de cet article, nous considèrerons que l’interprète efficace, celui ou celle qui remplit correctement sa mission de truchement, est celui ou celle qui ne laisse planer aucun malentendu dans sa communication, c’est-à-dire aucune ambiguïté dans sa reformulation du discours de l’orateur – du moins si l’orateur n’a pas lui-même permis que son discours ait plusieurs sens et soit compris de plusieurs manières différentes[2].

Formation : évaluation de la qualité

Être efficace dans ce domaine n’est pas un don, il s’agit bien d’un métier qu’il faut apprendre / enseigner. Les formations complètes d’interprètes (« bac + 5 ») sont encore rares à l’université. En Belgique, la Faculté de Traduction et d’Interprétation de l’Université de Mons forme (en cinq ans, dont deux années de master) des interprètes de conférence. Bon nombre de nos diplômés qui postulent dans des organisations internationales comme l’Union européenne ou l’O.N.U. sont rapidement engagés parce qu’ils ont acquis une maîtrise suffisante du métier pour être opérationnels rapidement. (Gravet, 2010 : 165-166).

Les bases de la pédagogie de l’interprétation ont été jetées par Jean Herbert (Manuel de l’interprète, 1952), Jean-François Rozan (La Prise de notes en interprétation consécutive, 1956) ou Danica Seleskovitch (L’Interprète dans les conférences internationales, problèmes de langage et de communication, 1968). Cette dernière estimait à juste titre que l’on ne traduit pas des mots mais du sens et qu’il faut donc comprendre ce que dit l’orateur avant de pouvoir noter ou « réexprimer son vouloir-dire » dans une autre langue. D’autres chercheurs ont décrit et analysé de manière plus précise les différents mécanismes mis en place au moment de l’interprétation[3]. Aujourd’hui, les recherches dans le domaine de l’interprétation et de sa didactique se multiplient.

Les collègues qui participèrent à la création de ce qui s’appelait – avant qu’elle ne devienne faculté – l’École d’interprètes internationaux, Philippe Curvers, Jean Klein, Nina Riva et Claude Wuilmart notamment[4], ont élaboré des méthodes qui permettent aux étudiants de se préparer à l’interprétation consécutive[5] dès le début de la formation. Sur le site actuel de l’Université de Mons, la fiche qui décrit succinctement le cours de « communication orale » donne l’objectif : à l’issue de cet enseignement, les étudiants seront capables de prendre en notes un discours oral en français et de le restituer correctement dans la même langue.

D’emblée, la « maîtrise parfaite de la langue maternelle » est présentée comme incontournable. Lors de l’examen, pour évaluer les performances des étudiants, un bref discours[6] est prononcé en français. Les étudiants doivent reproduire au mieux le discours qu’ils ont entendu. Et si leur discours est en français, c’est dans le but pédagogique de limiter, dans un premier temps, les difficultés liées à la traduction proprement dite. Pour exécuter la consigne et obtenir un bon résultat, la prise de notes doit être très rapide ; la compréhension, liée notamment au repérage des articulations logiques, la plus parfaite possible ; la restitution, fidèle, en français correct… Beaucoup d’exigences donc malgré tout – rapidité, précision, rigueur – pour des débutants qui doivent multiplier et équilibrer leurs efforts et accomplir ainsi une tâche très complexe qui s’apparente, selon le professeur Bernard Harmegnies, à de « l’athlétisme cognitif ».

Mais l’exercice prépare bien à l’interprétation dans la mesure où l’étudiant passe par les trois étapes de l’interprétation proprement dite :

  1. Comprendre le sens / le vouloir-dire de l’orateur (énonciateur)
  2. Déverbaliser[7] / prendre des notes (il existe un cours de « prise de notes » distinct)
  3. Prendre la parole, restituer fidèlement le discours de l’orateur, en français correct voire soutenu

Les difficultés sont multiples (gestion du stress, attention, concentration ; équilibre des efforts) et entraînent de nombreuses erreurs, à tous les stades de l’opération : au moment de la réception (compréhension du discours – écoute et analyse, mémorisation du contenu, repérage de la logique du raisonnement, de l’argumentation, prise de notes réduites, rapides, efficaces…) comme de la restitution (fidélité, clarté, exhaustivité ; interprétation des notes ; ton, rythme – fluidité –, élocution ; gestion du temps de parole). Et il est souvent difficile de déterminer la cause des erreurs. Quand on constate un contresens, est-il provoqué par un manque de compréhension ? un oubli ? une perte de sang-froid ? une distraction ? une mauvaise prise de notes ? Même chose pour une erreur de vocabulaire : manque de compréhension ? de connaissance ou de culture ? volonté d’aller vite qui fait perdre les nuances ? une prise de notes peu rigoureuse ?

L’enseignant peine également à évaluer l’importance de l’erreur. Dans notre article « Formation des interprètes de conférence. Ce qui se conçoit bien s’énonce clairement, même dans une autre langue » (Gravet, 2013), nous avions tenté d’objectiver l’évaluation des étudiants en passant en revue quelques théories pour étayer notre pratique. Ainsi Daniel Gile (Gile, 1987 : 420-428) ne propose-t-il que quatre types d’« écarts[8] » : les maladresses (lexique et style), les fautes (grammaire, lexique, omission), les écarts de logique (cohérence) et les écarts phonologiques. Il n’évoque cependant ni les problèmes de rythme, ni les pauses, ni les hésitations, ni les reprises, souvent jugés rédhibitoires par les jurés professionnels et qui provoquent des malentendus. Janet Altman (Altman, 1990 : 23-32) ne répertorie que cinq ou six erreurs sans les classer : omissions, additions, traductions incorrectes[9], distorsions de segments longs, manque de fluidité et perte de l’impact rhétorique – ce dernier point permettant de mettre en avant l’expressivité. Tae-Hyung Lee (Lee, 1999 : 261-267) apporte une nuance dans l’évaluation en proposant de choisir la phrase et non le mot comme unité. Dans ce cadre, Heike Lamberger-Felber (Lamberger-Felber, 2003 : 147-168) estime qu’une erreur est grave si elle porte sur plus de trois mots.

Entrant dans plus de détails, Caterina Falbo (Falbo, 1998 : 107-120) a le mérite de prendre en compte le discours dans son ensemble et non plus seulement les mots en particulier. Elle décrit d’abord les erreurs comme des violations de la cohésion, de la cohérence du discours ou de l’équivalence traductive et les répartit en deux catégories selon qu’elles touchent au contenu ou à la forme. Dans les erreurs de forme, elle classe le manque de cohésion, la maladresse lexicale et la maladresse d’expression. Elle envisage huit erreurs de contenu : le manque de cohérence, la perte d’information, la perte d’atténuation, la perte par généralisation, la perte d’intensité, la perte de relation textuelle, la perte par substitution, l’ajout. Mais la dichotomie conventionnelle forme/contenu, bien que séduisante, n’offre pas une méthode de classement si simple qu’il y paraît.

Barbara Moser-Mercer et al. (Moser-Mercer, 1998 : 47-64) établissent une liste de sept erreurs, par ordre de gravité décroissant : 1. Erreurs sémantiques, contresens, glissement de sens, non-sens, imprécision 2. Omissions 3. Addition 4. Hésitation 5. Correction 6. Erreurs grammaticales 7. Erreurs lexicales. La hiérarchisation est intéressante mais nous aurions placé le contresens en tout premier lieu. Nous ne comprenons pas le regroupement des cinq premières erreurs en un seul bloc. L’imprécision peut n’être qu’une erreur mineure dans certains contextes. Quant à la correction, est-elle une erreur ? Certes une reprise allonge le discours et entrave son flux mais si elle est rare, si elle amène une réelle amélioration de l’énonciation, elle ne devrait pas être considérée comme grave. Cette liste ne résout pas tous les problèmes d’évaluation : comment classer, par exemple, une faute de syntaxe grossière qui décrédibilise l’interprète ? Où classer une erreur dans le choix d’un mot qui entraîne un contresens global, alors que ce type d’erreur se situe, en principe, en bas de l’échelle appréciative ?

Malentendus

Les étudiants exigent souvent, à juste titre, des éclaircissements sur la qualité de leurs prestations. Nous faisons l’hypothèse que la notion de malentendu, dans ses multiples acceptions, peut faciliter l’apprentissage et la tâche de l’apprenant.

Pour notre évaluation, nous préférons classer les erreurs pénalisées en trois types : sens / langue / prosodie. À l’intérieur de ces trois catégories, tout en sachant qu’il faut encore traiter les discours au cas par cas, nous repérons, du plus grave au moins grave : contresens, glissement de sens, omission, ajout, obscurité (sens) ; fautes de vocabulaire, de grammaire, de lien logique (langue) ; problèmes de rythme, force de conviction, fluidité, accent (prosodie)[10]. Et toutes ces erreurs sont souvent causées par un malentendu et provoquent toujours un malentendu dans la situation de communication évoquée ici. C’est ce que nous voulons montrer en prenant un échantillon d’enregistrements effectués lors d’une évaluation certificative[11]. Cette formule a l’avantage de placer l’apprenant dans une situation valorisante de chasseur ou de réducteur de malentendus.

Sur un groupe de 46 étudiants qui ont écouté le même discours initial, on observe[12] en moyenne 10 erreurs par étudiants, pour un total de 464 ; les meilleurs n’en commettent que 4, d’autres 21. La plus fréquente est l’omission (123), dont la gravité est relative : un oubli dans une énumération non exhaustive ne porte guère à conséquence. Parfois, un seul terme leur manque [défaite] et tout est insensé (impr) : « Les Russes ont célébré le 70e anniversaire du Reich allemand ». Le contresens ainsi provoqué est la faute la plus grave (54) ; l’ajout d’une négation en est parfois la cause : « 13% des jeunes ne connaissent pas le rôle joué par la Russie dans la Libération » alors qu’il fallait insister au contraire sur le faible pourcentage de jeunes qui « savent que l’Armée rouge a participé à la libération de l’Europe ».

On compte également 114 fautes de français (tous types confondus). « La part capitale prise par les États-Unis dans la victoire sur les nazis » se transforme en « part capitaliste ». Certaines confusions lexicales entraînent l’incompréhension la plus totale pour l’auditeur : « Rassemblement remplace « guerre » dans l’expression « ‘‘grande guerre patriotique’’ » ou « cela rend un très mauvais service à la Russie » devient « joue une mauvaise pub ». Un lien logique erroné, une formulation maladroite peuvent modifier également le sens : « l’Europe de l’Ouest ainsi que son souvenir du rôle de l’armée rouge est mal préservé » au lieu de « Pourtant, dans la vulgate la plus communément partagée de l’événement en Europe de l’Ouest, le souvenir du rôle joué par l’Armée rouge s’est estompé dans les mémoires ou bien ce souvenir est mal préservé[13]. »

Au lieu de s’échiner à classer les types d’erreurs et à hiérarchiser leur importance, envisageons l’évaluation en terme de malentendu. Nous pouvons déterminer plusieurs types de malentendus, ils surgissent à plusieurs étapes de cette situation de communication spécifique.

Sources de malentendus

En aval d’abord, la reformulation du discours de l’énonciateur peut être déficiente. C’est en interrogeant l’apprenant, invité à déterminer les causes de ses erreurs, que nous découvrons un premier type de malentendu et ses deux sources : une mauvaise écoute et une mauvaise compréhension du sens. L’étudiant a, au sens propre, « mal entendu », soit qu’il n’était pas concentré[14] – dans ce cas, il est le premier à pouvoir expliquer son erreur et à y remédier –, soit des mots précis devaient être restitués et demandaient une attention particulièrement soutenue : c’est le cas, d’une manière générale, des noms propres et des chiffres. Le discours évoquait la célébration, par les Russes, du 70e anniversaire de la défaite du Reich allemand et l’absence des Occidentaux à cette cérémonie. Dans ce contexte, les « Quelque 25 millions de citoyens de ce qui était alors l’URSS [qui] périrent dans les combats » se réduisent à 25.000 et les millions peuvent devenir des milliards[15]. La maîtrise des données chiffrées demande un réel entraînement car l’interprète n’a ni la capacité de les mémoriser, même à court terme, ni le temps de réfléchir à la vraisemblance de ce qu’il affirme. La remarque vaut aussi pour une confusion entre deux capitales : « Les dirigeants occidentaux se sont retrouvés à Pékin » au lieu de Moscou. Quant aux noms propres de personnalités politiques, mieux vaut se contenter de la fonction si l’on n’a pas noté phonétiquement le nom : Islom Karimov est plus difficile à retenir et moins pertinent que « président de la République d’Ouzbékistan ». L’étudiant qui parle de « général de gauche » au lieu du « général de Gaulle » a moins d’excuses.

La mauvaise compréhension, deuxième source de malentendu essentielle, résulte généralement d’un manque de culture, au sens large du terme. Dans le discours proposé en mai 2015 à ce groupe d’étudiants, l’histoire tenait une grande place, ainsi que la politique, comme c’est le cas dans bien des hémicycles ou autres salles de réunion que l’interprète de conférence fréquentera. Il ne semble pas exagéré d’attendre une connaissance élémentaire des événements de la Seconde Guerre mondiale – la date du 8 mai, reddition de l’Allemagne nazie, n’est cependant plus un jour férié en Belgique depuis 1983[16] – et du rôle joué par les différents belligérants, en fonction des alliances.

Si l’on resitue le malentendu au sein du schéma de la communication de Roman Jakobson (1963) tel qu’il a été complété par Catherine Kerbrat-Orecchioni (1980), la traduction s’inscrit dans un double schéma, puisqu’elle suppose le truchement d’un intermédiaire entre le destinateur (l’écrivain, l’auteur) et les destinataires (les lecteurs), le « surdestinateur » ou premier destinataire qui se transforme en second destinateur. Sur le traducteur, repose une grande part de la responsabilité de l’échange, son travail consistant à changer le code du message et à rendre le référent accessible aux lecteurs. La connaissance du référent est donc essentielle. Le schéma s’adapte aisément à l’interprétation, échange certes oral, mais qui suppose un écrit intermédiaire, la prise de notes. Dans ce schéma de la communication « interprétationnelle », les occasions de malentendu sont multiples : entre le surdestinateur et l’émetteur, entre le surdestinateur et le destinataire, mais aussi entre le surdestinateur et sa prise de notes. Sans doute faut-il ajouter cette source de malentendu à notre répertoire : des notes peu claires, peu explicites, lacunaires ou mal structurées entraînent des erreurs. Il suffit d’envisager qu’on ne respecte pas les règles d’abréviation : « comé » signifie comité mais que signifiera « com » ? Ce genre d’erreur peut être ramené à la première source citée : une mauvaise écoute, une attention affaiblie, alliée à une mauvaise technique de prise de notes, à un manque d’entraînement, peut s’avérer catastrophique (omission de l’essentiel, glissement de sens, perte de nuances, contresens…). Ainsi, en raison d’une prise de notes incomplète, la phrase « Les Russes ont raison de pointer la manière dont les Occidentaux, notamment les Européens, sous-estiment trop souvent le rôle de l’Armée rouge dans la victoire sur les nazis. » devient-elle « Les Européens sous-estiment la Russie ». La perte est trop grande pour être acceptable. La confusion entre « la part capitale des États-Unis » et « la part capitaliste » doit procéder de la même cause. Ou encore l’abréviation « Al » signifie-t-elle Allemagne ou Allemands ?

Objets des malentendus

Dans son manuel pratique 50 fiches de communication : concepts et pratiques. Techniques de management, Jean-Paul Guedj, « consultant en communication », propose 5 objets possibles de malentendu (Guedj, 2008 : 18) : imaginaire et affects, faits, rôles, mots et sens-valeurs. Selon les contextes, l’interprète se trouvera parfois dans des situations où ses émotions personnelles entraveront sa performance. Une année, un discours portant malencontreusement sur le renforcement des sanctions à l’égard des conducteurs roulant sous influence de l’alcool, en particulier en cas de récidive et d’accident ayant entraîné la mort d’une ou plusieurs victimes, a suscité un émoi bien compréhensible : une étudiante venait de perdre son petit frère dans ces circonstances et le jugement avait été particulièrement favorable au chauffard. Thilde Barboni, dans son article « Inconscient et traduction », observe par exemple que certains « étudiants refusent de traduire littéralement certains termes (termes toujours liés à la mort, à la violence, à la sexualité) […] une angoisse peut submerger l’étudiant et l’empêcher de fonctionner normalement […] si un sujet abordé éveille en lui des émotions incontrôlables. » (Barboni, 1999 : 24). Lors de sa soutenance de thèse à l’Université de Mons, le 22 octobre 2015, Cédric Lenglet, interprète à la Cour de Justice internationale, évoque une expérience particulière : il a entendu une interprète – une femme – refuser, contre tout principe déontologique, d’utiliser le « je », et omettre certains passages, sous prétexte qu’il s’agissait du témoignage d’une prostituée.

Notre échantillon ne présente que des malentendus sur les mots, les faits et/ou le sens. Les exemples ci-dessus en font état mais la liste n’a rien d’exhaustif.

Conclusions

Sans trancher la question de savoir si le malentendu est une donnée intrinsèque de toute communication ou un de ses dysfonctionnements majeurs, dans une situation professionnelle, il peut concerner le rôle social des différents acteurs de la communication, et notamment de l’interprète. Anthony Pym, dans Pour une éthique du traducteur (Pym, 1997 : 135) rapporte une situation vécue par Francine Kaufmann qui, chargée d’interpréter les échanges entre Mitterrand et son hôte (français-hébreu), à l’aéroport de Tel-Aviv, se trouve dans l’obligation de donner son parapluie à Mme Mitterrand et, sous une pluie torrentielle, dans l’impossibilité de prendre des notes sur un carnet détrempé. Le chef du protocole a mal interprété la situation : si Francine Kaufmann était en service commandé pour cette première visite d’un président français en Israël, elle n’était pas « au service » de l’épouse du président, son rôle était de garantir la négociation diplomatique, et non de protéger de la pluie.

C’est Francine Kaufmann encore qui, dans Méta, raconte que, lors de sa première entrevue avec Claude Lanzmann pour préparer le tournage du film Shoah, le metteur en scène lui « déclara qu’il ne voulait surtout pas de ce qu’il appelait ‘‘le ton ONU’’, le débit monocorde et ennuyé des interprètes professionnels qu’il avait entendus à New York » (Kaufmann, 1993 : 664 ; citée par Lenglet, 2015 :14). En simultanée, l’interprète aurait pu produire un discours mécanique, précis et complet de technicien ; la consécutive sans note qu’exige Lanzmann bouleversera Kaufmann, premier récepteur particulièrement empathique du témoignage, incapable de distance – elle-même est fille de déporté. Malentendu encore : Kaufmann ne comprend qu’a posteriori le rôle inhabituel de multiplicateur d’émotions que Lanzmann lui attribue et la fonction métaphorique qu’il veut donner à la traduction dans son film.

Reste que la prosodie ou l’emphase sont parties intégrantes du discours professionnel. Dans leur article « Why is Mrs Thatcher interrupted so often ? », Beattie, Cutler et Pearson rapportent comment les efforts de Margaret Thatcher pour rendre sa voix plus grave, et donc plus crédible (parce qu’assimilable à celle d’un homme), entraînaient des modulations prosodiques particulières qui étaient interprétées à tort comme le signal qu’elle avait fini de parler. L’interprète pourrait être victime du même type de malentendu.

Le 31 octobre 1999, un Boeing d’EgyptAir, parti de Los Angeles en direction du Caire, s’abîme dans l’Océan Atlantique, entraînant la mort des 217 passagers. Les enquêteurs américains, loin d’être des spécialistes de l’islam, interprètent les dernières phrases du copilote, « Je m’en remets à Dieu[17] », comme la preuve d’une volonté de se suicider. Les autorités égyptiennes s’insurgent : à l’heure de mourir, un bon musulman ne peut que confier son âme à Dieu, en aucun cas il ne peut s’agir d’un suicide. Voilà encore un malentendu de type culturel – « Divergence d’interprétation sur la signification de propos ou d’actes entraînant un désaccord » dirait le Trésor de la Langue française – dont les conséquences ne sont pas à négliger. L’histoire fourmille de malentendus de ce genre : si la dépêche d’Ems avait été orale et interprétée par un professionnel, gageons que le casus belli aurait été reformulé.

De la prestation de l’interprète d’Ariel Sharon à l’Élysée en juillet 2005, Bruno Le Maire ne décrit que les mimiques ridicules, bien peu conformes à la déontologie : « une interprète se tient à côté de lui, accompagnant chaque morceau de traduction de gestes dramatiques, le visage déformé par un rictus, le bras levé, la main en avant. […] L’interprète traduit en roulant les yeux et en écartant les bras. […] L’interprète lève les yeux au ciel derrière ses lunettes cerclées de métal noir. […] L’interprète baisse les yeux à terre, hoche la tête de droite à gauche, lentement, on dirait qu’elle va se mettre à pleurer. » (Le Maire, 2007 : 28 juillet, s. p.). S’il est vrai que la gestuelle de l’interprète peut être un critère d’évaluation lors de certains examens, il est légitime de se demander quels étaient les termes du contrat qui la liaient à son employeur, Ariel Sharon, ou quel est la part de misogynie dans le jugement de Le Maire.

Rappelons encore une scène mémorable du film Tout feu, tout flamme, tourné en 1982 par Jean-Paul Rappeneau, où Yves Montand, aventurier polyglotte, intervient dans une négociation avec des Chinois qui tourne mal, congédie l’interprète, le remplace au pied levé, transmet les excuses du chef de la délégation chinoise : « c’est un malentendu », et retourne complètement la situation à son avantage. Thiry ou Pollack optaient aussi pour une image sublimée de l’interprète. Son rôle, dans le grand public comme chez les employeurs, est loin d’être unanimement perçu ainsi.

On imagine pourtant les trésors d’intelligence dont doivent faire preuve aujourd’hui les interprètes chargés d’assurer la communication entre des « foudres de guerre » comme Bachar El Assad et Vladimir Poutine, alors qu’ils pourraient s’entretenir en anglais, sans doute avec moins de nuances. Dans la Bible déjà, Joseph, devenu l’intendant de Putiphar, recourt, lui, à un truchement qui lui permet de se donner une contenance en présence de ses demi-frères qui ont voulu sa mort et qui, ne le reconnaissant pas, implorent sa miséricorde (Genèse, 42, 23).

Dans le cadre de la résolution pacifique de conflits notamment, l’interprète doit faire preuve de compétences comparables à celles d’un bon diplomate. Un interprète, s’il veut être efficace, doit, par définition, éviter à tout prix que les malentendus s’installent entre l’émetteur (dont il est chargé de traduire le discours, en consécutive ou en simultanée) et le récepteur à qui est destiné le discours. Les compétences qu’il doit développer vont de l’empathie à la clarté de l’élocution, de la culture à l’usage des connecteurs logiques (en français si c’est sa langue de travail), sans parler de la connaissance de la langue de départ ou de la compréhension du sens, des sous-entendus, etc. Nous n’avons pas trop de cinq années pour l’y préparer.


Auteur


Catherine Gravet
Université de Mons
Faculté de Traduction et d’Interprétation
École d’Interprètes internationaux FTI-EII
[Catherine.gravet@umons.ac.be]


Œuvres citées


Ouvrages

  • Seleskovitch, Danica et Lederer, Marianne (2001) : Interpréter pour traduire. Paris : Didier-Érudition.
  • Seleskovitch, Danica et Lederer, Marianne (1989-2002) : Pédagogie raisonnée de l’interprétation. Paris : Didier-Érudition.
  • Seleskovitch, Danica (1968) : L’interprète dans les conférences internationales, problèmes de langage et de communication. Paris : Minard-Lettres modernes.
  • Rozan, Jean-François (1956) : La Prise de notes en interprétation consécutive. Genève : Université de Genève.
  • Révis, Joana (2013) : La voix et soi, ce que notre voix dit de nous. Paris-Bruxelles, De Boeck-Solal.
  • Pym, Anthony (1997) : Pour une éthique du traducteur. Arras : Artois presses université.
  • Lenglet, Cédric (2015) : Prosodie et qualité en interprétation simultanée : analyse et perception. Sous la direction de Christine Michaux. Thèse UMONS-FTI-EII.
  • Lederer, Marianne (2015) : Le Traduction aujourd’hui. Le modèle interprétatif. Paris : Lettres modernes Minard – Cahiers Champollion 9.
  • Lederer, Marianne (1994) : La Traduction aujourd’hui. Le modèle interprétatif. Paris : Hachette.
  • Le Maire, Bruno (2007) : Des hommes d’État. Paris : Grasset & Fasquelle. Partiellement en ligne sur books.google.be.
  • Kerbrat-Orecchioni, Catherine (1980) : L’Énonciation. De la subjectivité dans le langage. Paris : Armand Colin.
  • Jakobson, Roman (1963) : Essais de linguistique générale. Paris : Éditions de Minuit.
  • Herbert, Jean (1952) : Manuel de l’interprète. Comment on devient interprète de conférences. Genève : Université de Genève.
  • Guedj, Jean-Paul (2008) : 50 fiches de communication : concepts et pratiques. Techniques de management. Rosny : Bréal.
  • Gile, Daniel (2009) : Basic Concepts and Models for Interpreter and Translator Training. London : John Benjamins.
  • Gile, Daniel (2005) : La Traduction, la comprendre, l’apprendre. Paris : PUF.

Articles et chapitres d’ouvrages

  • Altman, Janet (1990) : « What helps effective communication? Some interpreters views ». The Interpreter’s Newsletters. 3 : 23-32.
  • Barboni, Thilde (1999) : « Inconscient et traduction ». Cahiers internationaux de symbolisme,.92-94 : 23-34.
  • Beattie, Geoffrey W., Cutler, Anne et Pearson, Mark (1982) : « Why is Mrs Thatcher interrupted so often ? » Nature. 300 : 744-747. (Résumé consulté le 16 décembre 2015 : http://www.nature.com/nature/journal/v300/n5894/abs/300744a0.html)
  • Curvers, Philippe, Klein, Jean, Riva Nina et Wuilmart Claude (1984) : « Vers l’interprétation de conférence par le biais du compte rendu oral en langue maternelle ».Cuadernos de Traducción e Interpretación. 4 : 7-29.
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  • Falbo, Caterina (1998) : « Analyse des erreurs en interprétation simultanée ». The Interpreter’s Newsletters. 8 : 107-120.
  • Gile, Daniel (1987) : « Les exercices d’interprétation et la dégradation du français : une étude de cas ». Meta. 32/4 : 420-428.
  • Gravet, Catherine (2010) : « Formation des traducteurs et des interprètes de conférence : quelle place pour le français langue maternelle et la littérature ? » Colloque CREFECO : Le français de demain : enjeux éducatifs et professionnels. Sofia, 28-30 octobre 2010, http://crefeco.org/fr_version/pages/8@Gravet.pdf : 165-181.
  • Gravet, Catherine (2013) : « Formation des interprètes de conférence. Ce qui se conçoit bien s’énonce clairement, même dans une autre langue », dans Defays, Jean-Marc et Meunier, Déborah, Dir., L’oral et l’écrit en didactique des langues romanes. Castries, Cladole : 153-166.
  • Kaufmann, Francine (décembre 1993) : « Interview et interprétation consécutive dans le film Shoah, de Claude Lanzmann ». Méta : journal des traducteurs / Meta : Translators’ Journal, vol. 38, n° 4 : 664-673. Aussi disponible en ligne (page consultée le 16 décembre 2015) : http://id.erudit.org/iderudit/003290ar.
  • Moser-Mercer, Barbara, Künzli, Alexander et Korac, Marina (1998) : « Prolonged turns in interpreting : effects on quality physiological and psychological stress (pilot study) ». Interpreting 3/1 : 47-64.
  • Lamberger-Felber, Heike (2003) : « Performance variability among conference interpreters: examples from a case study », dans Collados Ais, Angela et Sabio Pinilla, Jose-Antonio, Dir., Avances en la investigación sobre Interpretación. Granada, Gomares : 147-168.
  • Lee, Tae-Hyung (1999) : « Speech proportion and accuracy in simultaneous interpretation from English into Korean ». Meta 44/2 : 261-267.

Annexe


Le 8 mai 1945 l’Allemagne capitule. Cette annonce sonne la victoire des Alliés sur l’Allemagne nazie et la fin de la Seconde Guerre mondiale en Europe. À l’occasion des fêtes de l’Armistice, une polémique renaît concernant le rôle de la Russie.

Les Russes ont raison de pointer la manière dont les Occidentaux, notamment les Européens, sous-estiment trop souvent le rôle de l’Armée rouge dans la victoire sur les nazis.

Les Russes ont célébré cette année, avec une attention particulière, le 70e anniversaire, samedi 9 mai, de la défaite du Reich allemand. C’est sans doute l’une des dernières fois qu’autant d’anciens combattants pourront communier dans le souvenir de ce que les Russes appellent « la Grande Guerre patriotique ».

Ils l’accomplirent avec un courage, une abnégation, des sacrifices à nuls autres pareils en Europe.

Quelque 25 millions de citoyens de ce qui était alors l’URSS périrent dans les combats. Occupée de 1941 à 1944, toute une partie de la Russie occidentale connut, sous le joug nazi, certaines des pires atrocités de la guerre. Pourtant, dans la vulgate la plus communément partagée de l’événement en Europe de l’Ouest, le souvenir du rôle joué par l’Armée rouge s’est estompé dans les mémoires ou bien ce souvenir est mal préservé.

Un récent sondage commandé par un institut britannique, l’IMC, faisait état, le mois dernier, de chiffres inquiétants. À peine 13 % des jeunes Allemands, Britanniques et Français savent que l’Armée rouge a participé à la libération de l’Europe. Pourtant 43% citent le rôle joué par les États-Unis. Cela ne signifie pas qu’il faut sous-estimer l’héroïsme collectif des soldats qui ont débarqué en Normandie. Cela ne signifie pas non plus qu’il faut oublier la part capitale prise par les États-Unis dans la victoire sur les nazis. Mais il faut insister sur la reconnaissance que les Européens doivent à l’URSS.

On sait bien ce qui a occulté la participation de la Russie à la guerre. Immédiatement après le conflit, le rideau de fer s’est imposé au milieu du Vieux continent, dans son cœur en quelque sorte. La manière dont Moscou va imposer ensuite une tutelle réellement dictatoriale sur toute une partie de l’Europe qui venait d’être libérée du joug allemand va empêcher qu’on prenne en compte ce qui avait précédé, c’est-à-dire la contribution de la Russie à la libération. Dans un article publié en 1983, le célèbre écrivain tchécoslovaque Milan Kundera dénoncera ce qu’il appelle « l’Occident kidnappé », la tragédie de l’Europe centrale.

Depuis, bien sûr, il y a eu, en 1989, la chute du mur de Berlin, et du rideau de fer. En 2005, pour célébrer le 60e anniversaire de la Victoire, tous les dirigeants occidentaux avaient fait le voyage à Moscou, sur l’invitation de Vladimir Poutine. Le voyage et l’invitation étaient hautement symboliques.

Mais cette année, il n’y a pas eu de voyage : les dirigeants européens n’ont pas assisté au défilé militaire sur la Place rouge à Moscou. Peut-être doit-on le regretter.

On peut cependant comprendre que les dirigeants occidentaux veuillent ainsi manifester leur condamnation de l’annexion de la Crimée par Poutine, en mars 2014, et de dénoncer aussi la guerre que Poutine continue d’entretenir dans l’est de l’Ukraine afin de déstabiliser ce pays. La machine de propagande russe existe toujours et fait des ravages.

Et on doit dénoncer aussi la manière dont le Kremlin exploite cet anniversaire en traitant les dirigeants de Kiev de nazis et de fascistes – ces centristes ukrainiens, pro-européens ont l’outrecuidance de vouloir se rapprocher de l’Union européenne.

De toutes manières, cultiver de tels mensonges au profit d’un ultranationalisme revanchard comme le fait l’appareil médiatique poutinien, cela rend un très mauvais service à la Russie. Profiter de ce 70e anniversaire pour développer une propagande anti-occidentale, c’est aussi une façon de réduire l’importance de ce qu’on entend commémorer, c’est participer à la distorsion de l’Histoire.

(D’après l’éditorial du Monde, 7 mai 2015 – 633 mots).


Notes


[1] Thiry, Marcel (1997) : Œuvres poétiques complètes. 1969-1977. T. 3. Bruxelles : Académie royale de Langue et de Littérature françaises de Belgique, 175-177 (extrait).

[2] Les interprètes comme les traducteurs ne sont pas d’accord sur le point de savoir si « désambiguïser » le sens du discours fait partie ou non de leur mission.

[3] Pour un point de vue pédagogique, voir notamment Marianne Lederer et Daniel Gile.

[4] Ces quatre collègues ont publié plusieurs articles sur la question dans une revue espagnole aujourd’hui disparue, Cuadernos de Traducción e Interpretación (1984-1988).

[5] Même si, d’un point de vue quantitatif, l’interprétation simultanée a aujourd’hui pris le pas sur l’interprétation consécutive, on estime que l’apprentissage de cette dernière est préalable dans le cursus des futurs professionnels. Le site de l’Association internationale des Interprètes de conférence (A.I.I.C.) présente ainsi l’interprétation consécutive : « consiste à restituer dans l’autre langue les propos de l’orateur après lui. Durant le discours original, l’interprète prend des notes qui l’aideront à reproduire fidèlement et intégralement le discours dans l’autre langue. Le terme de ‘‘discours’’ est pris ici au sens large – toute intervention orale – et ne se limite pas aux allocutions formelles. La durée des segments interprétés est très variable : depuis une minute jusqu’à 15, voire 30 minutes. L’interprétation consécutive, qui ne requiert pas d’installation particulière et qui donne aux interlocuteurs le temps de la réflexion, se prête bien aux visites de personnalités, aux négociations ainsi qu’à des discours brefs, tels les discours de ‘‘table’’ ».

[6] Jusqu’à 8 minutes en fin d’apprentissage.

[7] Danica Seleskovitch insiste sur l’importance de noter des idées et non des mots, d’utiliser des signes et des symboles dans la prise de notes, ce qui permettra à l’interprète de trouver plus rapidement les mots qui conviennent dans la langue d’arrivée. Marianne Lederer (2015 : 7) résume ainsi : « Le théorie interprétative […] a établi que le processus consistait à comprendre le texte original, à déverbaliser sa forme linguistique et à exprimer dans une autre langue les idées comprises et les sentiments ressentis. »

[8] Le terme « écart » n’ayant pas la connotation positive qu’il a en poésie.

[9] Erreur qui ne nous préoccupe pas dans notre exercice.

[10] Se référant notamment aux entretiens téléphoniques à visée commerciale, Joana Révis montre combien la voix peut donner d’informations sur un locuteur qu’on ne voit pas, par exemple sur l’origine géographique et socio-culturelle : Révis (2013) : 22-36. Cette étude conforte les consignes visant à gommer tout accent : comme une entreprise commerciale, une organisation internationale préfère (sauf cas très particuliers) la neutralité en la matière.

[11] Mai 2015 : voir le déroulement de l’examen, décrit ci-dessus et le discours initial lu aux étudiants, transcrit en annexe.

[12] Qu’Isabelle Chauveau, élève-assistante pour le cours de communication orale, soit remerciée de son aide.

[13] Il va sans dire qu’on n’attend pas une restitution à l’identique et que le mot « vulgate » est rarement compris, malgré les cours d’histoire de la traduction où le travail de saint Jérôme est emblématique. On pourrait cependant espérer quelque chose comme : « En Europe de l’Ouest, on a oublié ce qu’a fait l’Armée rouge », c’est-à-dire une restitution de l’idée…

[14] Ajoutons que certaines situations augmentent la difficulté : stress, bruits, etc., et sont plus propices à la naissance de malentendus.

[15] L’écart est parfois moins flagrant : 20 ou 22 millions paraissent plus acceptables.

[16] Cette suppression s’explique pour des raisons économiques et historiques : la Belgique est libérée dès l’hiver 1944. Aux Pays-Bas, la fin de la guerre est célébrée le 5 mai mais ce sont les bombardements d’Hiroshima et de Nagasaki (août 1945) qui ont réellement mis un terme à la Seconde Guerre mondiale.

[17] Autre traduction : « J’ai trouvé ma foi en Dieu », dans la presse. Nombreuses occurrences sur internet.

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