Introduction – Les espaces du malentendu

Con algunas personas, y las más, es menester una secreta algarabía y modo de hablar;
porque no la teniendo se hallarán con muchas dificultades en el modo de oír y entender
porque en muchas ocasiones se ha de disimular no oyendo lo que oyen
ni darse por entendidos de lo que entienden.
Quevedo, Migajas sentenciosas [1]

 

Nous percevons et vivons la langue, par quoi se distingue notre humanité, comme notre outil d’expression le plus important, le plus courant en tous les cas, et, également, comme notre moyen privilégié de communication ; (s’) écrire ou (se) parler sont des actes sociaux fondamentaux et fondateurs. Nous sommes langue, et pourrait-on dire plus justement, nous sommes notre propre langue, dont on a, chacun, chacune, une perception et un usage singulier, personnel, dans un idiolecte qui individualise, de fait, toute expression linguistique.

Cette prééminence de la langue dans les actes sociaux, collectifs ou individuels, fonde notre confiance en sa capacité – partant en notre capacité – d’émettre et de transmettre le sens, ou les sens, que nous avons voulu ou cru « encoder ». Ainsi le rapport du locuteur au sens des mots qu’il emploie est d’abord subjectif. Cet  effort, subjectif, de construire et transmettre du sens, est en outre orienté et façonné par notre expérience antérieure, ou encore notre crainte, de l’incompréhension, de la faillite du message, d’un possible malentendu : la conscience de l’autre est, de la sorte, partie prenante de notre propre parole. Tout propos, dit ou écrit, fait ainsi surgir l’altérité, un espace perçu comme extérieur par le sujet parlant ou écrivant, en société ou seul, espace de travail du sens, d’interprétation,  dont ledit sujet n’a pas toujours l’entier contrôle. Alors, le malentendu a lieu. Or s’il relève souvent d’un constat dans l’après-coup plus ou moins immédiat qui l’entérine en le nommant, et permet une solution ou un éclaircissement instantané, il peut prendre aussi des formes plus complexes, se développer dans le temps et imprégner une culture ; sa source est alors plus difficile à définir et ses composantes, plus ardues à identifier. La communication institue donc un espace d’entente autant que de malentendu : la langue est fondamentalement polysémique, les intentions du locuteur, dans l’échange, plus ou moins claires ; ainsi, la réception ne saurait correspondre à un simple décodage linguistique du message, qui intègre nécessairement d’autres composantes, vocales, gestuelles, et plus largement, physiques. De soi à l’autre, s’immisce un espace, une distance, dans ce flou émotionnel où le signe, subjectivement, signifie, ou manque à signifier. Dès lors, « le bain mutuel du malentendu », selon l’expression de G. Molinié (2003, 184)[2], tient à ce que « le contenu du message, sa teneur, la portée effective de l’acte vécu du langage et les conditions réciproques de l’interaction » constituent trois nivaux perméables de développement du malentendu.

Nos sociétés contemporaines, tout comme leur formes d’appréhension par la pensée universitaire, semblent gouvernées par un « préjugé positif de l’échange, de la circulation » (Haupt, 2011) et de la compréhension. Mais on peut estimer que l’élaboration des savoirs, les constructions culturelles, n’échappent pas au phénomène du malentendu qu’il se produise à leur insu ou plus ou moins sciemment, ce qui ne les empêche pas de se réaliser : preuve que le malentendu est métabolisable, devenant l’objet d’une transformation fonctionnelle par l’organe récepteur. « Ce n’est pas la moindre ironie de la condition humaine qu’il puisse y avoir un bon usage de cette mésintelligence si bien entendue » (V. Jankélévitch, 1980).

C’est pourquoi, tenter de saisir, de définir, de préciser, le phénomène du malentendu requiert de prêter attention à l’espace. En effet, non seulement il y a des espaces où le malentendu se déploie, se repère et s’observe, mais le malentendu lui-même aide à percevoir l’espace. Identifier le processus d’altération des idées, des messages, c’est étudier leur parcours d’un destinateur à un destinataire, selon diverses formes de communication, en tel ou tel parcours, et dans différents contextes d’échanges ou de circulation d’idées. Par sa fécondité même, le malentendu occupe et crée des espaces propres – culturels, sociaux, intimes voire générationnels – de commentaire, de discussion et de correction.

Le contexte actuel ajoute à l’urgence de cette compréhension. La nouvelle spatialité du monde à l’œuvre dans la mondialisation a fait surgir avec une acuité particulière la notion de malentendu et, corollairement, la conscience qu’on en a. Phénomène multiforme, celui-ci suscite depuis quelques années l’intérêt croissant de nombreuses disciplines scientifiques dans une démarche d’analyse à laquelle nous souhaitons apporter notre contribution dans une approche résolument interdisciplinaire.

Dans le fil de travaux existants (citons notamment le colloque de Liège, « Au cœur du malentendu », juillet 2015, où l’on posait « les conditions de l’entente à partir du malentendu »), nous estimons qu’il y a place aujourd’hui pour une réévaluation de l’importance du malentendu, de l’ambiguïté et de l’incompréhension dans l’économie des échanges linguistiques, littéraires, artistiques et culturels. La construction du sens, la réussite ou l’échec du dialogue (au sens large du terme), participent d’une dynamique où ces problèmes d’interprétation, ces questions de réajustements, apparaissent non pas comme un défaut, un accident, voire un drame de l’échange, mais comme un phénomène fréquent, ordinaire, inhérent même à la rencontre du même et de l’autre dans l’échange, une « structure fondamentale de la communication » (Servais, 2009).

L’histoire même du mot « malentendu » le lie à l’espace. L’émergence de ce terme à la fin du XVIe siècle – soit lors d’une phase dite de « protomondialisation » (Hopkins, 2002) et d’affirmation des espaces politiques et des États européens modernes – lui donne une coloration politique. Le mot « malentente », hérité du Moyen Age, laisse alors place à deux termes modernes : « mésentente » et « malentendu ». Ce dernier est, entre autre, utilisé par Sully pour évoquer les divergences d’interprétation entraînant des désaccords entre Anglais et Français ; il s’agit dans ce cas de répondre au besoin de nommer des situations conflictuelles en matière de politique internationale et de diplomatie.  Le « malentendu » semble donc s’inscrire d’abord dans l’espace politique, prenant place dans la langue à côté des termes « ambiguïté » et « équivoque » qui signifient dès lors les causes possibles de la mésentente, de la méprise, du désaccord. Il s’emploiera aussi dans la sphère privée –chez Mme de Sévigné, par exemple (Correspondance) ou encore chez Rousseau (Confessions) pour ne citer qu’eux – et constitue, de Marivaux à Camus et Sarraute, avec la « méprise » et le « quiproquo » un des ressorts comiques ou dramatiques puissants de l’intrigue théâtrale et romanesque – source d’humour ou de conflit, du jeu de mots à la révélation du désir.

À la différence des jeux de mots et des quiproquos, maîtrisés par leurs auteurs, les lapsus ou les actes de parole manqués, qui échappent à tout choix conscient, peuvent être pensés, eux aussi, comme des espaces de malentendu. On peut même imaginer que le sentiment de cet espace est à l’origine des grandes réflexions sur l’être social, qui se sont érigées en théorie de la courtoisie ou de l’urbanité aux XVIe et XVIIe siècles.  Si l’on considère que le sujet tente de se maîtriser dans son rapport à autrui pour assurer sa survie (via la domination, par exemple), le cas spécifique de l’hiatus calculé entre l’être et le paraître, étudié par Jankélévitch chez Gracián (« Apparence et Manière ») s’apparente à une stratégie d’évitement du malentendu, tout comme la contrefaçon du langage évoquée dans une sentence quévédienne (inscrite en exergue). Ces différents artifices témoignent à la fois de la difficulté d’entrer en situation de dialogue et du désir de contrôler le mécanisme qui s’y enclenche. Les limites de la communication résident dans l’écart entre les représentations et les croyances de soi et de l’autre, révélant « à la fois la solitude et la finitude du sujet » (Garand, 2009, p.88), de sorte que, de façon inverse et complémentaire : « Il arrive qu’on s’adresse à l’autre pour cheminer vers sa propre parole » (ibid., p. 90). Ainsi, paradoxalement, le malentendu aurait-il partie liée avec le désir de se faire comprendre.

*

Les études et les enquêtes du présent numéro de Savoirs en Prisme éclairent quelques-unes des nombreuses perspectives qu’ouvrent les espaces du malentendu. Tout d’abord, elles interrogent la possibilité d’une communication linguistique au-delà des ratés, décalages ou écarts. La communication trouvant l’une de ses représentations majeures dans la littérature, le deuxième volet des études analyse la dialectique de la production et de la réception, constitutive de l’œuvre. Laissant la fiction pour le réel, la troisième partie concerne la société, et le jeu des malentendus dans la circulation des idées et leurs impacts sociaux. Enfin, la psychanalyse permet un retour au sujet parlant, pour envisager l’inévitable malentendu comme fondateur, paradoxal, ou indécidable.

I. Langue(s) : au-delà de l’écart, la communication

L’écart résulte à la fois de la démarche du locuteur dans sa quête du mot juste, de sa croyance ou de son espoir qu’il existe, de la difficulté à dire et de sa rencontre avec la langue et les représentations de l’autre. Malgré cet écart ou espace, source possible des malentendus, le dire est dit, et le message prend son sens dans ces limites mêmes.

L’évolution même des langues peut engendrer une autre forme d’écart, comme le montre Jonathan Teschner dans son étude de l’Essai sur l’origine des langues. Selon l’auteur, le malentendu est, pour Rousseau, une figure du sens, en tant qu’il interroge les impossibilités de la langue conceptuelle. L’évolution des langues, devenues plus abstraites, plus éloignées des passions humaines, empêcherait ainsi l’individu de s’exprimer dans sa vérité passionnelle (affective). La vérité première des langues serait alors à retrouver dans les tropes, la voix, le geste qui permettent une communication plus directe ou plus  juste. Pour Rousseau, en effet, la recherche de l’origine des langues consiste à retrouver cette coïncidence avec soi-même et avec les autres dans l’expression de la passion.

Si l’on se situe en synchronie, il est un autre espace propice au malentendu, celui, bien sûr, de la traduction, quand il s’agit de restituer, par écrit, le poétique dans une autre langue et une autre culture ou de transmettre, au plus juste, à l’oral, le discours d’un autre. Concernant « la dynamique des malentendus » dans la traduction, Laurence Chamlou mène une « étude comparée de la poésie persane traduite en anglais », à la fin du XVIIIe siècle et au XIXe siècle. Comparant les traductions de Sir William Jones, Edward Fitzgerald et Gertrude Bell, elle montre les contrastes de point de vue et les divers éléments de malentendus dans le travail de ces traducteurs, qui ont permis cependant que circulent les idées et les métaphores entre l’orient et l’Empire britannique  et ont transmis un peu de ce sable magique qu’est la poésie persane. La traduction forge un univers de transition, compréhension et recréation ; ce faisant, elle est bien souvent un supplément de signification tout en s’efforçant de livrer le message original.

Du côté de la transmission en traduction orale, simultanée ou non, Catherine Gravet apporte son témoignage de formatrice d’interprètes de conférence. Elle expose les situations discursives et gestuelles auxquelles sont confrontés les interprètes, dont la formation nécessite, outre un apprentissage technique, la prise en compte de connaissances tant linguistiques que culturelles au sens le plus complexe, afin d’éviter ou du moins de limiter les malentendus. L’analyse d’un corpus d’exercices destinés aux étudiants interprètes permet à l’auteure de dégager une typologie des malentendus, de déterminer leurs causes et conséquences, d’évaluer leur importance et de trouver des solutions pour les éviter.

II. Clef de la littérature, la dialectique de la production et de la réception

Dans le cas de l’œuvre littéraire, c’est bien dans le mouvement dialectique allant de la production à la réception, et vice-versa, que se construit le sens. Ce processus complexe est analysé dans les trois études suivantes.

L’article de Virginie Giuliana expose un cas où le malentendu s’est établi lors de la réception d’une œuvre littéraire : Platero y yo de Juan Ramón Jiménez, publié pour la première fois en 1914, dérouta sans doute tant l’éditeur que le public. L’âne Platero, compagnon du narrateur, en qualité d’animal familier, a suscité, à tort, l’association de cette œuvre à un public enfantin, alors que le récit du cheminement des deux personnages relève de la méditation du promeneur, de l’évocation poétique, de l’expérience existentielle. L’orientation de cette lecture est à la source d’une série de réflexions de l’auteure qui, en étudiant la réception de ce livre, éclaire les diverses raisons d’un tel malentendu, manifeste, longtemps entretenu par la critique.

Analysant la réception de quelques extraits de l’œuvre de jeunesse de Théodore de Bèze, dont elle établit la traduction, Léonie Ollagnier montre comment le malentendu est à la fois l’espace où peut se perdre le lecteur et celui où se révèlent les vraies intentions de l’auteur. Le système de brouillage des codes traditionnels n’est autre que l’espace de liberté littéraire que l’auteur s’octroie, jouant du malentendu qui s’y produit. Bèze, en pleine Renaissance contre-réformiste, affirme ainsi son propre critère esthétique littéraire, au-delà d’un détournement érotique de genres cultivés à l’époque. La communication entre auteur et lecteur est alors appréhendée comme une « épreuve » qui, finalement, aboutit à une connivence véritable.

Enfin, Cécile Mauré montre les fécondités du malentendu tel qu’il est rendu possible par l’écho, phénomène acoustique, à la fois répétition et altération, écart créateur d’un autre sens possible, allégorisé par le mythe éponyme. L’auteure présente tout d’abord le mythe d’Écho qui, partant d’un quiproquo sonore et verbal, est fondé sur un malentendu et pose ainsi la question fondamentale de la communication et de son dévoiement. Elle analyse ensuite la représentation de ce phénomène sonore devenu procédé littéraire à la fois phonique, sémantique et lyrico-tragique dans la littérature anglaise du XVIe siècle (Chaucer, Sidney, Shakespeare). Les exemples tirés d’œuvres lyriques ou dramaturgiques illustrent les manières dont les sons diffractés font éclater la signification des mots, ouvrant la voie à toutes sortes de distorsions de sens et de ton, propres à engendrer le malentendu comme ressort dramatique.

III. De quelques malentendus idéologiques et de leurs résonances politiques et sociales

 Le troisième volet de ce volume présente deux études, une enquête et un témoignage qui mettent en lumière l’impact social et /ou politique d’une idéologie ou d’une construction conceptuelle et discursive (politique, religieuse) dans diverses aires géographiques.

S’appuyant sur une enquête concernant la réception du social-libéralisme britannique par le parti socialiste français, entre 1994 et 2015, Thibaut Rioufreyt mène une réflexion sur le fonctionnement du langage en politique. Il observe que différentes formes de langage sont privilégiées pour le caractère ambigu ou « flottant » de leur signifié. Cette marge sémantique est l’espace de sens propice au malentendu, qui est, selon l’auteur, non seulement une constante dans l’histoire du socialisme français, mais surtout l’une des modalités ordinaires du discours politique et des transferts culturels. Il propose ainsi une vision positive du malentendu, qui, favorisant la circulation des idées plus qu’elle n’est source de conflit, rend possible les relations internationales.

C’est à partir du roman Le Météorologue d’Olivier Rolin que Ngadi Maïssa Laude interroge les conditions de réalisation du malentendu, dans le parcours du protagoniste et le fonctionnement des procès du Goulag ; il s’inscrit, ici, dans une société de type totalitaire, où la judiciarisation du malentendu permet d’évincer radicalement les individus « indésirables » au regard du régime.  L’auteur de cette étude s’intéresse également aux motivations de l’écrivain – et au rôle qu’il s’assigne – dans cette enquête, car elle lui permet, par l’entremise du roman, de critiquer, voire de déconstruire, les idées reçues que l’on a encore, en France, sur la Russie de cette période. Il défait ainsi cet autre malentendu et  répond du même coup à une exigence de vérité historique.

L’enquête menée et présentée par Cristina del Biaggio montre comment la résolution d’un problème sociétal, justifiée par une rhétorique ad hoc, permet aux pouvoirs publics d’orienter la compréhension dudit problème. En l’occurrence, l’afflux des migrants en Suisse, considéré séparément de toute autre donnée, reçoit systématiquement  une solution d’hébergement unique : les abris anti-nucléaires. Les discours sur l’invasion ou sur l’afflux nourrissent un malentendu social et politique, en masquant les vraies causes du manque d’hébergement, et en faisant croire que c’est par défaut que les pouvoirs publics proposent ces abris anti-nucléaires.

Un témoignage, enfin, articulant culture, religion et société, est proposé par Hassiba Chaibi, au sujet de la polygamie, statut qui articule une disposition religieuse théorique et une pratique sociale confrontant l’homme et la femme. La réception de cette disposition est ici présentée à partir d’échanges extraits d’une émission de la télévision algérienne en langue française. Dans une perspective pragmatique, l’auteure rend compte d’un malentendu dans la lecture du Coran qui est à l’origine de points de vue stéréotypés et qui entretient une application erronée de la polygamie dans la société algérienne.

IV. Le malentendu fondateur

Le domaine psychanalytique ouvre également de larges perspectives sur notre question.  Trois études, auxquelles est consacré le quatrième volet, viennent éclairer la nécessité du malentendu et ses processus de résolution ou de dépassement, résolvant ainsi la valeur négative d’empêchement, d’échec, qui pourrait lui être attachée. En effet, il est inhérent au verbe, fondateur de la personne et, par son existence cérébrale, fait partie intégrante du fonctionnement de la pensée et du langage. Il s’inscrit donc dans un système d’équilibrage ou de rééquilibrage.

Dans sa lecture du mythe de Caïn, Brigitte Donnet-Guez présente, dans un premier temps, les fondements psychanalytiques du malentendu, structurel et inhérent à la condition humaine selon Lacan, ce malentendu sans lequel il n’y aurait pas d’altérité. Puis, analysant le texte biblique, elle pose l’hypothèse de l’instauration du malentendu symbolique ayant conduit Caïn à passer à l’acte. Tout d’abord compris comme rejet, non amour et négation de l’être, le silence « du père » qui isole Caïn n’en est pas moins une relation qui l’instaure comme sujet, fondateur et civilisateur.

Le malentendu, à la fois poison et remède, est selon Laurent Muller fondamentalement paradoxal. Aussi l’auteur, à la lumière de la psychanalyse, présente-t-il deux heuristiques pratiques antagoniques. D’un point de vue négatif, le malentendu entretient la confusion, voire conduit à un comportement schizophrénique. De l’autre, le malentendu s’avère fécond, opérateur de changement et source d’innovation.

Dans une perspective lacanienne, nourrie des réflexions de Levinas et Derrida, Emmanuel Martin s’intéresse au lapsus comme écart créateur du malentendu, dont l’interprétation laisse place à l’indécidabilité. Le malentendu n’est pas seulement inévitable, voire nécessaire, car il est inhérent au fait même que l’être se dise, fait qui comporte en lui-même une indécidabilité. Mais il est surtout positif et fécond, s’informant dans un espace psychique spécifique, dans la mesure où il engendre du sens (un sens nouveau, une idée nouvelle) et, en cela, aide à construire le lien social.


Auteurs


Florence Dumora
Université de Reims Champagne-Ardenne, CIRLEP EA 4299
[florence.dumora@univ-reims.fr]

Mireille Ruppli
Université de Reims Champagne-Ardenne, CIRLEP EA 4299
[mireille.ruppli@univ-reims.fr]


Notes


[1] Obras completas, ed. de Felicidad Buendía, Madrid, Aguilar, 2 vols., 1992 (6ª edición): II, VI, Obras filosóficas, p. 1127b: Avec certaines personnes, et même avec la plupart, il est nécessaire d’user dans la langue et la façon de parler de quelque chose de secret ; en effet si l’on n’en use pas, l’on se trouvera en grande difficulté dans la façon d’entendre et de comprendre car en maintes occasions il faut feindre de ne pas entendre ce que tout le monde entend et faire celui qui n’a pas compris ce que tous les autres comprennent.

[2] Georges Molinié, « Malentendu et jugement doxique », Le malentendu. Généalogie du geste herméneutique, sous la direction de B. Clément et M. Escola, Presses Universitaires de Vincennes, 2003, p. 183-189.

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