Les heuristiques paradoxales du malentendu


Résumés


Si le malentendu déconcerte, c’est qu’il est apparenté au paradoxe. Or si ce dernier apparaît comme une aporie pour la pensée parce qu’il croise des exigences contradictoires qui résulte de la confusion des types logiques, il est à même d’engendrer un trouble existentiel. Subi, le malentendu possède potentiellement une épaisseur pathologique : telle est son heuristique négative que nous explorerons d’abord. Mais on ne saurait réduire le malentendu à ce malaise : refoulant l’espace de l’analyse, il ouvre encore à une sphère créatrice, où la fécondité du psychisme inconscient se nourrit de la puissance synthétique de l’image. Telle est l’heuristique positive du malentendu qui devance, voire réinvente, un possible aseptisé par la clarté de l’analyse. Le but de notre article est ainsi de penser le malentendu comme opérateur de changement, et d’apprécier la fécondité de la confusion comme ouverture aux possibles.

Misunderstanding is unsettling because it is very similar to paradox. Indeed, paradox appears as an aporia for thinking itself. It gathers inconsistent demands, in particular when logical typings are confused. When it is endured, logical inconsistency causes an existential malaise. Misunderstanding can thus induce a pathological dimension. That is its negative heuristic. But misunderstanding doesn’t boil down to this malaise. Misunderstanding can also get a positive dimension. Indeed, unconscious psyche may turn out to be fertile and fuel itself with the dark side of the image. That is the positive heuristic of misunderstanding. It invigorates a world impoverished by the clarity of analysis. The purpose of this article is, on the one hand, to present misunderstanding as a change operator, and on the other hand, to assess the richness of misunderstanding , opening the field of possibilities.

Mots-clés : Paradoxe ; communication ; Watzlawick ; double contrainte
Keywords: Paradox ; communication ; Watzlawick ; double bind

 

Il y a comme un paradoxe à vouloir parler du malentendu, surtout même à bien vouloir en parler, à l’évoquer même : ne serait-ce pas, le dévoilant, en dissiper par là même le propre ? Si le malentendu est si paradoxal, c’est qu’il est apparenté au paradoxe, ce qui heurte l’opinion, ce qui brave le bon sens – qui pourtant entend si mal, comme l’expérience quotidienne en atteste. Le malentendu, surtout s’il est inattendu, est confondant : dès qu’il est soupçonné, car il ne l’est pas toujours, il n’a de cesse de hanter et de troubler la communication, comme s’il n’était qu’un parasite. Mais le malentendu, pas plus que le paradoxe, ne se réduit à cette fonction de brouillage : il est une composante inhérente de la communication, de ses limites peut-être, en sa prétention à l’explicite, mais aussi de sa fécondité. C’est que le sens ne passe pas seulement par l’intention : il déborde le message et, altérant contexte et mélangeant dit et non-dit, se nourrit aussi de ce qui semble le gâter.

C’est dire que le « bien entendu » et les évidences qu’il prétend porter ne sont pas, sans doute, aussi nettes et assurées qu’on le croit : de même que le « bien connu » ne l’est en général pas[1], de même le « bien entendu » constitue le « mal entendu » par excellence. Par contraste, le malentendu, sur lequel achoppe la pensée commune, par cela même qu’il intranquillise, nous forçant à la prudence, est davantage à même de servir de fil directeur pour comprendre les enjeux et explorer les effets de la communication.

L’objet de cet article est d’explorer la double fécondité de ce malentendu, à mi-chemin entre la plénitude de l’être et l’indicible non-être, entre l’idéale clarté d’une transparence sans médiation et — car le non-dit est encore lien — la non-communication. Le malentendu est ombre, mais il n’est pas ce simulacre auquel on le réduit, même s’il ne démérite pas toujours sa sulfureuse réputation. Parce qu’il ouvre au paradoxe, la déconvenue qu’il inflige peut être subie et à même d’entretenir un trouble jusqu’à la pathologie : c’est en ce sens que nous parlerons d’une heuristique négative du malentendu. Mais la confusion qu’il engendre est à même d’être orientée, et rien n’assure que l’absence d’explicite ne soit pas aussi un remède possible à la clarté peut-être blessante et stérile de l’analyse : c’est en ce sens que nous évoquerons une heuristique positive du malentendu.

L’heuristique négative du malentendu : l’écart et la double contrainte

Le malentendu, d’abord, est écart. Écart entre promesse et réalisation, entre promesse faite et promesse tenue : mais ce ne serait là que mensonge, orientée par l’intention. Non : le malentendu est davantage écart entre promesse et promesse de la promesse ; entre la promesse et ce que l’on croit être telle. Car toute parole est engagement, et par conséquent promesse : promesse de transparence, de sincérité, d’authenticité. Si je doute de la parole de l’autre, elle deviendra comme rien pour moi : les mots seront évidés de leur contenu et de leur portée, flatus vocis. Il n’est d’écouté que parce qu’il est de la confiance, et c’est cette confiance qui semble être trahie dans le malentendu : avec lui, c’est l’innocent crime de l’insincérité qui est commis. S’il est des malentendus, il n’est point besoin de coupable pour cela : la responsable en est la communication même.

Tel est du moins, le premier mouvement de contestation : cette belle transparence est comme entachée. Mais les choses sont plus complexes : et la sincérité la plus vraie, qui éconduit les sous-entendus, ne saurait éviter l’écart entre ce qui est dit et ce qui est entendu. La faute, s’il en est, du moins l’erreur, pour éviter de moraliser ce qui est indifférent au bien ou au mal, ne revient pas nécessairement à l’émetteur, ni même au récepteur, mais au fonctionnement même de la communication humaine, dont la complexité entrelace parfois des informations de niveaux logiques différents. Le paradoxe qu’engendre un tel malentendu est alors profond, produisant contradiction sur le plan logique, et intense souffrance sur le plan existentiel. Analysons cela de plus près.

Whitehead et Russell ont montré dans Principia Mathematica qu’on s’exposait à des difficultés insurmontables si l’on n’établissait pas une distinction nette entre, d’un côté, les membres d’une classe et, de l’autre côté, la classe elle-même. L’exemple classique du barbier illustre les difficultés auxquelles aboutit la confusion des types logiques : un barbier propose de raser tous les hommes qui ne se rasent pas eux-mêmes, mais seulement ceux-ci. Présenté selon la théorie des ensembles, le barbier devient un élément de la classe de ceux qui ne se rasent pas eux-mêmes. Or, comme il doit raser tous les éléments de cette classe, il doit se raser lui-même et par là même n’appartient pas à la classe des hommes qui ne se rasent pas eux-mêmes. La contradiction s’exprime dans le fait que le barbier à la fois appartient et n’appartient pas à un ensemble : en tant qu’élément d’un ensemble, il ne peut sortir de cet ensemble pour l’embrasser dans son entier. Aussi un tel barbier ne peut-il exister. Et Whitehead et Russell d’énoncer un axiome : « ce qui comprend tous les membres d’une collection ne peut être un membre de la collection ». Quiconque viole cette règle verse dans l’absurdité et le non-sens.

Mais est-ce si sûr ? L’étonnant est que la contradiction n’est peut-être pas pensable, mais elle peut être néanmoins vécue. « La forme est fluide, mais le “sens” l’est plus encore…[2] » Portée par la vigoureuse initiative de Gregory Bateson, l’école de Palo-Alto remarque que si la transgression de l’axiome de Whitehead et Russell génère de l’inconsistance théorique, elle ne laisse pas de nourrir pratiquement des genres de conduites. C’est en effet l’intention de l’article fondateur de Bateson, Jackson, Haley et Weakland, Vers une théorie de la schizophrénie[3] que d’explorer le paradoxe de Russell dans une optique pragmatique. Reprenons l’exemple du barbier qui doit raser tous ceux qui ne peuvent pas se raser eux-mêmes : un tel barbier ne peut pas exister. Mais supposons, avec Reichenbach, qu’on donne l’ordre, dans un contexte militaire, à un homme de raser tous ceux qui ne peuvent pas se raser eux-mêmes : comment devrait réagir le sujet ? Sa situation sera intenable, parce qu’il doit obéir à un ordre qui se contredit sans avoir la possibilité d’échapper au dilemme. À l’impossible on est parfois tenu : Bateson fait l’hypothèse féconde que la conduite schizophrénique naît précisément de la confusion des types logiques. C’est dire que le malentendu prend une consistance pathologique : le sujet doit agir, mais il ne peut pas le faire d’une manière cohérente ni sortir du cadre qu’on lui impose, car « il est absolument impossible de se comporter de manière cohérente et logique dans un contexte incohérent et illogique »[4]. Incapable de décoder les différents niveaux logiques dans les messages qu’il reçoit, le schizophrène est incapable de choisir le mode de communication adapté, tant pour les messages qu’il envoie que pour ses propres pensées.

Le concept utilisé par Bateson pour évoquer le piège relationnel et communicationnel dans lequel le schizophrène se trouve enfermé est la double contrainte (double bind). Une double contrainte est une double injonction, répétée, porteuse d’une contradiction entre des niveaux logiques différents, avec l’impossibilité de sortir du cadre imposé – techniquement, on applique le principe du tiers exclu, tertium non datur, qui stipule qu’il n’est pas de troisième terme possible entre deux propositions contradictoires. L’exemple classique illustrant la double contrainte concerne l’enfant qui est pris dans une relation intense à sa mère et à laquelle il demande : « maman, est-ce que tu m’aimes ? » ; et la mère de répondre « mais oui, bien sûr ! » sur un ton irrité. L’enfant, qui ne dispose pas des capacités d’abstraction et du recul suffisant pour analyser cette contradiction entre le verbal et le non verbal ressent bien pour autant la contradiction, mais demeure incapable de la décoder. À supposer que cette situation se répète, elle finira par engendrer chez l’enfant un comportement adapté à cet impossible environnement, soit un comportement inadapté, piégé dans un malentendu existentiel. Citons Bateson :

Dépourvu de cette capacité [de découvrir ce que l’autre veut dire], l’être humain est semblable à un système auto-gouvernable qui aurait perdu son régulateur et tournoierait en spirale, en des distorsions sans fin, mais toujours systématiques.[5]

Il est des malentendus qui font sourire, il en est d’autres qui font souffrir, et induisent des réactions de défense qui feront persister l’écart, et contribueront à le stabiliser. On ne sert pas si facilement d’un malentendu existentiel.

Car il ne suffit pas de supprimer la cause pour évanouir les effets : ce serait comprendre la communication sur le modèle de la causalité linéaire. Ce que la cybernétique, ou étude des systèmes autorégulés, nous apprend, c’est au contraire que la causalité est rétroactive, et que l’étude du comportement doit inclure les effets retours, ou feedback. Le malentendu peut bien être à la base d’une communication paradoxale, pour peu que cette dernière ait été incorporée, et dissiper ce qui l’a induite ne la changera pas, puisque le sujet l’entretiendra. La communication est homéostatique, effort pour maintenir l’équilibre global du système quitte à en changer l’une de ses parties. Le malentendu, ainsi, débouche sur un malentendu qui s’entretient. C’est ce qu’on pourrait nommer l’effet pervers de toute communication paradoxale, qui tend à se reproduire même et surtout lorsqu’on tente d’en modifier l’équilibre. Il n’y a peut-être pas de meilleur moyen de conforter le malentendu que de vouloir le dissiper.

Bien sûr, tout malentendu ne conduit pas à la psychose : pour peu que le sujet ait la possibilité d’opérer la distinction des niveaux logiques, il est alors à même d’échapper à la double injonction en sortant du cadre dans lequel on tente de le confiner. Un peu de distance et de recul critique sont généralement suffisants pour éviter cette dimension pathogène du malentendu. Mais lorsque les capacités réflexives manquent, et que la relation est intense, la confusion des types logiques risque d’engendrer l’intériorisation, au sens quasi nietzschéen du terme[6] : le sujet ne pouvant plus exprimer ce qu’il ressent, et le dressage de la civilisation n’autorisant plus le sujet à ressentir ce que pourtant il ressent, comment ne pourrait-il pas éprouver des difficultés à s’accepter tel que pourtant il est ? Comment ne pourrait-il pas céder à la mauvaise conscience ? Freud, lui aussi, pointe les effets de ce malentendu dont l’espace recouvre la culture : l’être est comme écartelé entre ses pulsions d’un côté, impétueuses et même violentes, et les impératifs de la vie sociale de l’autre côté, qui jettent un puissant opprobre sur ces tendances – entre nature et culture.

Tout se passe comme si une double contrainte pesait presque fatalement sur l’être humain, nourrissant un malentendu qui façonne notre condition : rien n’est plus réel pour nous que nos propres pulsions, et il n’est d’injonction plus spontanée que celle de les satisfaire ; or la civilisation réprouve non seulement l’expression de ces pulsions, et procède à une intériorisation de l’interdit qui devrait nous empêcher même de les ressentir. Voilà la contradiction : il est exigé que l’inoubliable soit oublié ; je ne peux, mais il faut. D’où cette honte et ce sentiment de culpabilité que nous éprouvons – malentendu qui confine au malaise que décrivait Freud dans son œuvre de 1929. Prise entre d’un côté ce que Freud appelle la « poussée de liberté »[7], l’équivalent de ce que Nietzsche nomme « instinct de liberté » ou « volonté de puissance »[8] et de l’autre côté la nécessité de la désavouer et d’y renoncer, la conscience ne peut qu’être déchirée.

On pourrait donc croire que le malentendu constitue un mal.

Un mal logique, d’abord, car, comme paradoxe, il viole le principe de Whitehead-Russell, et effleure la contradiction. Un mal existentiel, ensuite, qui, selon le modèle de la double contrainte, force à prendre parti sur un problème indécidable. Un mal civilisationnel enfin, puisque la civilisation peut aller jusqu’à exiger de l’individu qu’il sacrifie son instinct de vie – ce qu’il ne peut faire qu’en retournant cet instinct contre lui. Le malentendu, foncièrement, serait toxique : il faudrait le conjurer, avec ce risque que le refoulement ne constitue pas un anéantissement, mais une simple transformation qui paradoxalement le renforcerait et en nourrirait ses tristes effets. Telle est sa fécondité nocive, son heuristique négative.

L’heuristique positive : la confusion créatrice 

Mais cette réduction serait injuste, et manquerait peut-être ce qui fait le propre du malentendu : le fait de n’être pas même franchement ce mal qu’on lui prête.

N’est-ce pas déjà au malentendu qu’on doit le rire, ce stimulant dont Chamfort dans ses Maximes et pensées[9] dit qu’il n’était pas de journée plus perdue que celle d’où il est absent ? Schopenhauer a remarqué que l’humour découlait d’une subsomption soudaine et inattendue entre d’un côté les représentations intuitives et de l’autre les représentations abstraites[10]. Le rire peut être l’effet d’un malentendu volontaire, sous forme de mot d’esprit, lorsque deux objets réels sont rapportés sous un même concept (on voit le même sous le différent manifeste), ou d’un écart involontaire, sous forme d’action burlesque provoquée par une situation extérieure, lorsqu’on procède de l’unité d’un concept qui embrasse plusieurs objets pour ensuite aller vers leur surprenante différenciation. Il n’est pas de comique, donc, sans ce malentendu motivé par l’usage de notre raison et l’équivoque née de la distance entre les concepts et les intuitions.

Mais c’est encore insuffisant pour le réhabiliter, et moins encore pour lui conférer une dignité qui l’élèverait du rang de suspect à celui de mécène de l’existence.

Peut-être la revalorisation de ce fauteur de troubles qu’est le malentendu paraîtra-t-elle plus nécessaire et évidente lorsqu’on aura montré les limites de son autre, de cet antonyme superbe dont notre civilisation s’est fait le héraut : la clarté de l’analyse et de l’intelligence, à même de dissiper les ombres des esprits superstitieux, qui s’en remettent à l’autorité sans oser se servir de son propre entendement. Il n’est que de voir comment, depuis au moins Platon avec l’allégorie de la Caverne[11] aux Lumières[12] en passant par la critique cartésienne de l’autorité philosophique[13], la conscience a été conçue comme un opérateur de libération, et la vérité une arme contre les fantômes de l’approximation. Mais c’était sans doute troquer une illusion contre une autre, car rien n’assure que la Lumière naturelle elle-même n’enveloppe pas quelques ombres en son sein. C’est ainsi que Dostoïevski, cet arpenteur de la psychè humaine, dans Les carnets du sous-sol, met en scène un homme dont l’affection est d’être doué d’une trop grande lucidité : « avoir une conscience trop développée, c’est une maladie, une maladie dans le plein sens du terme »[14], écrit celui qui comprend que la réflexion finit par détruire toute spontanéité. De même que l’excès de luminosité nous aveugle, de même l’excès de clarté intellectuelle nous paralyse. Celui qui cherche des raisons à sa propre faiblesse ne peut que constater qu’elle s’enracine dans la faiblesse d’un état qui le précède, qui elle-même ne se peut comprendre que par un état plus antérieur encore, etc. La pensée consciente étant une pensée essentiellement causale, elle participe au problème qu’elle ne peut que constater sans espoir de le résoudre.

Je m’exerce à penser ; par conséquent, chez moi, toute cause première en fait immédiatement surgir une autre, plus première encore, et ainsi de suite à l’infini. Telle est l’essence de toute conscience et de toute pensée.[15]

Guyau écrivait dans un sens similaire que « tout instinct tend à se détruire en devenant conscient »[16] : l’analyse est une puissance de décomposition qui dissout les synthèses pratiques préréflexives. Les sportifs savent bien que la réflexion inhibe l’action, et que la confiance dans l’efficacité du geste doit s’accompagner d’une défiance à l’égard d’une conscience trop clairvoyante. De même, un pianiste qui interprète un morceau de musique qu’il connaît par cœur le doit jouer « sans trop s’observer de trop près, sans vouloir se rendre compte du mouvement instinctif de ses doigts : raisonner un système d’actions réflexes ou d’habitudes, c’est toujours le troubler »[17] et prendre le risque de le ruiner sans pouvoir en assurer la relève.

Pire : l’analyse est à même d’engendrer de la mauvaise conscience. Car si, comme l’écrit Nietzsche, « plus l’œil manque d’acuité, plus le bien est étendu »[18], c’est que plus l’œil est lucide, plus est grand l’empire du mauvais instinct. C’est ainsi que l’homme souterrain ne parvient pas même à s’égaler à l’insecte : il méprise la bêtise de l’homme d’action qui ne connaît pas le scrupule de sonder ses raisons, mais, dans le même temps, il le jalouse terriblement. Heureux les simples d’esprit, car ils ont l’illusion du bonheur !

Il n’est ainsi peut-être pas si heureux de se trop bien connaître, de trop bien s’entendre – à tout le moins de trop s’écouter : un malentendu, au sens d’un entendu qui sait s’accompagner d’une relative surdité, d’un trouble qui éconduit la tentation de cette clarté par trop stérilisante pour l’action. Un proverbe japonais affirme que « les poissons ne vivent pas dans l’eau claire », qu’il n’est pas bon, pour nous et pour les autres, de vivre dans cette recherche de la transparence : l’opacité devient une condition de possibilité de l’exercice de la vie, un transcendantal existentiel. Ainsi les psychiatres de Palo Alto avancent-ils l’hypothèse selon laquelle les schizophrènes souffriraient de leur supplément de perspicacité.

Dans le travail psychothérapeutique avec des schizophrènes intelligents, on est sans cesse tenté de conclure qu’ils s’en tireraient beaucoup mieux, qu’ils seraient beaucoup plus « normaux », si seulement ils pouvaient perdre un peu de l’acuité de leur pensée […] et atténuer ainsi l’effet paralysant qu’elle a sur leurs actes.[19]

Il arrive que la lucidité et la clarté de l’analyse non seulement entretiennent le problème, mais deviennent même le problème dont elles prétendent nous délivrer : un peu de malentendu, d’ombre, de souplesse et de pudeur sont salutaires. Parfois, il faut substituer à la science qui vise l’exhaustivité un art de l’interprétation qui renonce à certaines perspectives. « Il y a bien des choses qu’une fois pour toutes, écrit Nietzsche, je ne veux pas savoir. – La sagesse impose aussi des limites à la connaissance. »[20] Autrement dit : préférons un bon malentendu bien généreux à une vérité par trop étroite et stérile, à ce point salée qu’elle n’étanche plus la soif.

Il y a de l’ignorance dans le malentendu, mais il est préférable de pouvoir l’entretenir : le trouble qu’il induit est vivifiant, et agit à la manière d’un engrais. L’explicite recherche un « pourquoi ? » ; et, à supposer qu’il le trouve (s’il n’y parvient, il ira jusqu’à le controuver), il le contemplera pour mieux s’assurer de son impuissance. L’univocité est stérile. L’implicite, au contraire, le confus de l’à-peu-près contient un je-ne-sais-quoi qui stimule, qui féconde ; il contient des possibles comme tels, qui demeurent virtualités sans être contraints d’être actualisés. Le malentendu suggère ; son objet relève de la demi-existence qui transcende le principe de bivalence, lequel exige que de deux propositions contradictoires, l’une soit nécessairement vraie et l’autre fausse. C’est dire qu’il risque, certes, les demi-erreurs ; mais c’est pour mieux ouvrir, aussi, aux demi-vérités. Renoncer à l’exigence de clarté, ce n’est pas seulement sombrer dans l’opinion vaine : c’est ressourcer la croyance qui se nourrit de l’image.

Car le malentendu, comme tel, relève du langage trouble de l’image, et qui ne connaît pas la froide rigueur du syllogisme. Il y a le langage verbal, celui des mots, lesquels ne sont que des conventions dont l’usage obéit aux lois de la logique linguistique. Son codage est de nature digitale : le tout n’y est ainsi que la somme de ses parties. Mais il y a aussi le langage non verbal de l’image, qui éveille les métaphores les plus intuitives et les moins dirigées. Le codage à l’œuvre est alors analogique, et révèle des associations de nature poétique : le tout constitue une entité qui ne se réduit pas à l’addition de ses composantes. Or, ces deux langages, comme le propose Watzlawick[21], relèvent de la spécialisation de nos hémisphères cérébraux. L’hémisphère gauche, pour un droitier, commande à la partie droite du corps, et traduit toute perception en représentations logiques. Il est spécialisé dans le langage verbal, le calcul, les opérations déductives ; il convainc ; il analyse la réalité et connaît. La perception de l’hémisphère droit, en revanche, est holistique, et s’affaire à diriger la partie gauche de notre personne. Ce cerveau est parfois qualifié d’hémisphère silencieux car il ne s’exprime pas par des mots, mais utilise volontiers la ressource des sons, des odeurs, des images pour inspirer une totalité vivante ; cet hémisphère persuade ; il synthétise et reconnaît. Il y a donc le malentendu de l’hémisphère droit, décalage attentatoire à la rigueur déductive ; mais il y a aussi le malentendu de l’hémisphère gauche, qui lui est indépassable, car l’équivoque appartient en propre à l’image.

Or, le paradoxe veut que, en dépit du développement extraordinaire qu’a subi l’hémisphère verbal et son langage digital, il ne travaille pourtant que sur les représentations que lui fournit l’hémisphère silencieux, non verbal, qui œuvre à une image du monde que nous habitons, que nous vivons. La synthèse est première, et l’analyse seconde ; en d’autres termes, la clarté traîne toujours à la suite de la possibilité de l’ombre, l’univocité est une équivocité réduite. Ce que nous appelons « réalité » est ainsi métaphore, et toutes nos constructions rationnelles ne font qu’explorer et expliciter cette poésie d’avant la raison. Le malentendu est ainsi originaire, et toute explicitation n’est que dévoilement.

Dire que le langage archaïque de l’hémisphère droit est premier quoique muet consiste à dire malgré tout qu’il est langage, et ce faisant obéit à une grammaire qui n’est pas celle des mots. Il ne peut y avoir de rhétorique du changement sans décryptage de cette grammaire. Parmi les procédés mobilisés par le langage de l’image, on trouve la condensation, qui accumule du sens avec une grande économie de moyens. Un rêve ou un mythe, par exemple, condense un nombre d’éléments si important que s’il ne faut qu’un paragraphe pour l’énoncer, il faut des pages entières pour l’interpréter. Un mot d’esprit porte une puissance de subversion plus efficace que ne le ferait une démonstration en bonne et due forme : le rire est iconoclaste. Le langage archaïque est également incapable de négation : si la pensée verbale la peut mobiliser pour circonscrire son propos, on ne saurait figurer la négation ; l’image est pleine d’affirmations, et on ne pourrait y trouver la négation qu’à condition de présupposer le codage digital (une croix, par exemple, derrière un arbre) qu’on voudrait y trouver. Cette grammaire de l’image, enfin, obéit à la règle du pars pro toto : le tout est déjà contenu dans l’une de ses parties ; la puissance d’évocation du détail éclipse toutes les autres dissemblances.

Cette évocation des caractéristiques a minima du langage archaïque soulève une question : pourquoi cherchons-nous systématiquement à élucider les problèmes, en les faisant passer de l’implicite à l’explicite ? L’expérience nous montre, pourtant, qu’il ne suffit pas de prendre conscience et d’analyser un problème pour y mettre un terme – il ne suffit pas de vouloir arrêter de fumer pour arrêter de fumer. L’école de Palo-Alto propose d’œuvrer en sens inverse, et d’induire le paradoxe suivant : de renoncer aux actions volontaires pour engendrer un état de confusion, où les malentendus peuvent être orientés. L’essentiel n’est parfois pas de comprendre, mais d’inventer pour remédier.

C’est cette fécondité de l’image qui semble œuvrer dans la puissance créatrice du génie scientifique. On prête au mathématicien Gauss cette parole : « je connais déjà la solution, il me reste maintenant à découvrir comment j’y suis parvenu », comme si le résultat était intuitionné, plus précisément conjecturé, avant que ne soit trouvée la voie qui permettra de l’établir par déduction. C’est dire que la recherche ne procède pas de la seule activité de la pensée rationnelle et consciente : cette dernière se trouve guidée par les préfigurations de la pensée imagée. La rêverie non dirigée découvre que la veille trop restreinte n’entend pas : la méthode par trop rationnelle décape ce superflu peut-être par trop nécessaire. Le milieu clair-obscur de l’image mentale nourrit mieux l’acte d’invention, qu’Arthur Koëstler nomme l’acte bisociatif[22], pour signifier qu’il joint contre toute raison, mais de manière fructueuse deux paradigmes distincts : c’est dire, en d’autres termes, que le malentendu participe à la fécondité de la découverte, à condition, toutefois, d’être préparé par une ascèse intellectuelle qui saura voir l’occasion, le kairos, dans ce qui n’apparaît pour les autres que comme du non-sens, du non-entendu. Dans son Autobiographie, Kékulé raconte ainsi sa découverte de l’anneau de Benzène :

J’étais occupé à écrire sur mon cahier, mais sans résultat. Mes pensées vagabondaient. Je tournai ma chaise vers le feu et m’assoupis. De nouveau les atomes dansaient sous mes yeux. Mais cette fois les groupes de faible importance se tenaient modestement à l’écart. Mon œil mental, aiguisé par la répétition de ce genre de visions, pouvait maintenant discerner certaines structures de taille supérieure et de conformation multiple : c’était de longues chaînes, plus ou moins fortement imbriquées, qui toutes ondulaient et s’enroulaient comme des serpents. Eh quoi ? Qu’était-ce donc là ? L’un des serpents s’était emparé de sa propre queue et tourbillonnait moqueusement sous mes yeux. Je m’éveillai, comme frappé par un éclair ; […] je passai le reste de la nuit à vérifier les implications de la nouvelle hypothèse. Apprenons à rêver, Messieurs, et peut-être alors verrons-nous la vérité[23].

Koestler commente ainsi le rêve éveillé de Kékulé :

Ces tourbillons rappellent les hallucinations que décrivent ou peignent les schizophrènes. Le cas de Kekulé est assez exceptionnel, et cependant caractéristique d’une chose : l’abdication soudaine de la pensée conceptuelle en faveur d’images visuelles semi-conscientes[24].

L’hypnose, enfin, atteste de la fécondité de ce trouble inhérent à l’image. L’hypnose, en effet, utilise les ressources du langage archaïque pour induire un changement dans la représentation du patient – changement qui ne peut advenir qu’à condition d’être accepté par le patient. Une technique utilisée par Milton Erickson pour induire un état de transe hypnotique était la confusion : l’accumulation de propos alambiqués, à la limite du non-sens et de l’incorrection grammaticale, « au moyen d’affirmations vagues, ambiguës et intrigantes[25] », dans le but de contraindre l’hémisphère droit à se bloquer – et donc à s’ouvrir. L’efficacité du changement ne se mesure pas à la capacité du sujet à comprendre ce qui lui arrive, mais à sa disposition à changer son univers métaphorique, la valeur et la saveur symbolique de son environnement. En situation de désinformation, le sujet est en proie à une angoisse qu’il doit conjurer. Ses anciennes habitudes ne lui servent de rien : elles sont tellement inadaptées qu’elles sont comme court-circuitées. L’ancien cadre était destitué, il y a place pour qu’un nouveau cadre émerge, plus pertinent, et oeuvrant selon des règles inédites. Le possible, alors, ne se réduit pas à ce qui simplement est : le trouble de la confusion libère l’horizon.

Le malentendu, si néfaste pour la pensée logique, s’avère donc d’une utilité majeure pour reconfigurer l’horizon de notre existence : la conscience habituelle, « état de veille restreinte » comme l’écrit F. Roustang[26], est comme neutralisée. Mais c’est pour qu’une conscience élargie émerge, et délivre un regard neuf sur le monde. Du malentendu bien dirigé émerge le changement que la bonne entente, par trop rigide, ne saurait pas même préfigurer. Par « bien dirigé », il faut comprendre non pas selon un modèle normatif, ou bien abandonné au génie directif du thérapeute : non, la bonne direction au sein de cette « veille paradoxale » qu’est l’hypnose est de n’avoir ni direction ni intention, mais de mobiliser les ressources mêmes du patient sans préjuger de l’orientation de son invention. La désinformation désarmant l’intelligence, c’est la puissance synthétique de l’image qui engendre la solution la plus adaptée, sur mesure, et pour ainsi dire anomique.

Devant une femme qui souffre de frigidité, Erickson par exemple n’aborde pas une fois la question sexuelle en termes explicites ; mais il l’invite à imaginer la manière dont elle pourra dégivrer et nettoyer son réfrigérateur. S’ensuit une série de descriptions lentes, une énumération de petits dilemmes à première vue sans intérêt et sans importance, mais qui lui permet de saupoudrer son discours de suggestions positives sans jamais s’attaquer frontalement au problème. Cette femme ne saisit pas la portée de l’exercice auquel elle se prête : elle entend mal et même n’entend pas en quoi cela pourra l’aider. Mais elle n’a pas besoin de le saisir – mieux : le saisir ou le soupçonner suffirait à en déréaliser l’efficacité. Car l’heuristique de l’image lui vient de ce qu’elle ne signifie pas à première vue, ce qui lui permet d’éviter la censure exercée par la pensée consciente. Souvent, les interventions d’Erickson ressemblaient à ce que Watzlawick appelait des « rêves à l’envers » : comme des songes que le patient pourrait avoir, mais orientés activement dans un sens positif quoique indéterminés, et non subis comme dans le sommeil.

Conclusion

Aussi le malentendu n’est-il pas toujours ce poison pour la communication auquel il paraissait d’abord se réduire. Certes, il en est de dangereux, qui, lorsqu’ils sont subis, confinent au malaise sans espoir de rémission – le malentendu, alors, s’entretient lui-même, et tout effort pour le résorber le renforce : telle est son heuristique négative. Mais ce n’est pas à dire que la clarté constitue l’idéal, car elle peut s’avérer blessante, et engendrer le mal dont elle prétend nous délivrer. Au contraire, le malentendu est à même de nous libérer de l’impuissance de l’analyse, en produisant des synthèses originales qui réinventent le réel. L’hypnose fait partie de ces ressources qui, en intranquillisant, stimule l’imaginaire existentiel. Telle est, en définitive, son heuristique positive, sa valeur vitale. Le malentendu est bien, en ce sens, un pharmakon au sens étymologique : un poison ou un remède, selon le contexte et sa posologie.


Auteur


Laurent Muller
Université de Reims Champagne-Ardenne, CIRLEP EA 4299
[laurentmuller51@gmail.com]


Œuvres citées


  • Bateson, Gregory (1980) : Vers une Écologie de l’esprit, tome 2, trad. Ferial Drosso, Laurencine Lot, Eugène Simion. Paris, éditions du Seuil.
  • Chamfort, Sébastien Roch Nicolas (1982): Maximes et pensées : caractères et anecdotes. Paris : Gallimard.
  • Descartes, René (1992) : Discours de la méthode. Paris : GF.
  • Dostoïevski, Fédor (1992) : Les Carnets du sous-sol, trad. André Markowicz. Arles : Babel.
  • Erickson, Milton H., Rossi, Ernest L. (2001) : Innovations en hypnothérapie, 4e tome de l’intégrale des articles de M. H. Erickson sur l’hypnose, trad. Jérôme Taillandier et Armelle Touyarot. Bruxelles : Satas.
  • Freud, Sigmund (2000) : Malaise dans la culture, trad. Pierre Coet, René Lainé, Johanna Stute-Cadiot. Paris : PUF.
  • Guyau, Jean-Marie (1985) : Esquisse d’une morale sans obligation ni sanction. Paris : Fayard.
  • Hegel, Georg Wilhelm Friedrich (1970) : Phénoménologie de l’esprit, trad. Jean Hyppolite. Paris : Aubier Montaigne.
  • Japp, Francis Robert (1897) : Journal of the Chemical Society, 73, trad. Jeanne Wiener-Renucci.
  • Koestler, Arthur (2011) : Le cri d’Archimède, La découverte de l’Art et l’art de la Découverte, trad. Georges Fradier. Paris : Les belles Lettres.
  • Muller, Amandine, Muller, Laurent (2016) : La fécondité du paradoxe. À paraître.
  • Nietzsche, Friedrich (1998) : Le Gai savoir, trad. Patrick Wotling. Paris : Flammarion.
  • Nietzsche, Friedrich (2000) : La Généalogie de la morale, trad. Patrick Wotling. Paris : Livre de poche.
  • Nietzsche, Friedrich (2005) : Crépuscule des idoles, trad. Patrick Wotling. Paris, GF.
  • Platon (2002) : La République, trad. Georges Leroux. Paris : GF.
  • Roustang, François (2008) : Qu’est-ce que l’hypnose ? Paris : éditions de Minuit.
  • Schopenhauer, Arthur (1966) : Le Monde comme volonté et comme représentation, trad. Auguste Burdeau. Paris, PUF.
  • Watzlawick, Paul, Helmick Beavin, Janet, Jackson, Donald DeAvila (1972) : Une logique de la communication, trad. Janine Morche. Paris, éditions du Seuil.
  • Watzlawick, Paul (1986) : Le Langage du changement. Eléments de communication thérapeutique, trad. Jeanne Wiener-Renucci. Paris : éditions du Seuil.
  • Watzlawick, Paul, Weakland, John, Fisch, Richard (1981) : Changements. Paradoxes et psychothérapie, trad. Pierre Furlan. Paris : éditions du Seuil.
  • Watzlawick, Paul (1984) : La Réalité de la réalité. Confusion, désinformation, communication, trad. Edgar Roskis. Paris : éditions du Seuil.
  • Whitehead, Alfred North, Russell, Bertrand (1910) : Principia Mathematica. Cambridge : University Press.

Notes


[1] « Ce qui est bien connu en général, justement parce qu’il est bien connu, n’est pas connu. C’est la façon la plus commune de se faire illusion et de faire illusion aux autres et de présupposer dans la connaissance quelque chose comme étant bien-connu et de le tolérer comme tel. » Hegel, 1970 : 28.

[2] Nietzsche, 2000 : 154.

[3] Bateson, 1980 : 9-38.

[4] Watzlawick, 1972 : 197.

[5] Bateson, 1980 : 20.

[6] « Tous les instincts qui ne se déchargent vers l’extérieur se tournent vers l’intérieur – c’est là ce que j’appelle l’intériorisation de l’homme. » Nietzsche, 2000 : 164.

[7] Freud, 2000, 39.

[8] Nietzsche, 2000 : 168.

[9] Chamfort, 1982.

[10] Schopenhauer, 1966 : 93-96.

[11] Platon, 2002 : 358.

[12] Les Lumières symbolisant le courage de se servir de son propre entendement (sapere aude), en lutte contre la superstition. Voir, par exemple, Qu’est-ce que les Lumières, de Kant.

[13] Par exemple, dans la sixième partie du Discours de la méthode, où il évoque la médiocrité du commentarisme, qui s’accroche comme le lierre à un maître, Aristote. « […] leur façon de philosopher est fort commode pour ceux qui n’ont que des esprits fort médiocres ; car l’obscurité des distinctions et des principes dont ils se servent est cause qu’ils peuvent parler de toutes choses aussi hardiment que s’ils les savaient, et soutenir tout ce qu’ils en disent contre les plus subtils et les plus habiles, sans qu’on ait moyen de les convaincre : en quoi ils me semblent pareils à un aveugle qui, pour se battre sans désavantage contre un qui voit, l’aurait fait venir dans le fond de quelque cave fort obscure. » Descartes, 1992 : 87.

[14] Dostoïevski, 1992 : 15.

[15] Dostoïevski, 1992 : 28.

[16] Guyau, 1985 : 118.

[17] Guyau, 1985 : 120-121.

[18] Nietzsche, 1998 : 106-107.

[19] Watzlawick, 1972 : 222-223.

[20] Nietzsche, 2005 : 122.

[21] Watzlawick, 1986 : 36-46

[22] Koestler, 2011.

23] Kékulé, cité par F. R. Japp, 1897 : 97-100.

[24] Koestler, 2011 : 163.

[25] Watzlawick, 1984 : 36.

[26] Roustang, 2008 : 46.

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