Françoise Boch & Catherine Frier (coord.), Ecrire dans l’enseignement supérieur. Des apports de la recherche aux outils pédagogiques

 

Cet ouvrage collectif comprend six contributions ordonnées dans un ensemble que l’on peut saluer, tant la problématique des littéracies universitaires (compétences écrites à tous les niveaux discursifs) est d’actualité, tant la nécessité de travailler le bien écrire nous interpelle lorsqu’on constate les défaillances à l’écrit de jeunes aux prises avec des contenus disciplinaires hautement complexes. L’idée centrale est que la construction des savoirs scripturaux doit être proposée et coordonnée par les enseignants du supérieur eux-mêmes. Ont-ils la formation spécifique nécessaire pour atteindre cet objectif précis, qui, pour certains, devrait avoir été atteint avant l’entrée à l’université ? Qui doit dès lors s’occuper de ces aspects qui, secondaires ou non, nous interpellent trop souvent, et surtout comment procéder pour améliorer l’écrit des étudiants ? Issu de la pratique pédagogique combinée étroitement à la réflexion didactique, cet ouvrage propose des outils pour la classe qui ont montré pour les auteurs leur efficacité et qui sont transférables et transposables selon les besoins des étudiants et les objectifs des enseignants en charge des cours de soutien, de remise à niveau, de perfectionnement, de techniques d’expression, de méthodologie universitaire, de toutes ces activités à destination des étudiants primo-entrants, en cours d’études ou en train de rédiger un travail final de recherche.

La préface signée par Marie-Christine Pollet, spécialiste des littéracies universitaires, met en avant deux idées : même si les préoccupations liées à l’écrit à l’université ne datent pas d’hier (les intéressés y trouveront une bibliographie utile à ce sujet), l’ouvrage présenté reste original parce qu’il combine des approches qui semblaient divergentes dans un ensemble rigoureux et parce qu’il donne des pistes complémentaires de développement des compétences langagières dans l’enseignement supérieur.

Il n’est donc pas étonnant que les contributions soient présentées sous forme de chapitres. Le volume est constitué de deux parties. La première partie, consacrée à la structure des textes selon les exigences universitaires, représente les deux tiers de l’ouvrage et comprend cinq chapitres signés par différents auteurs, dont plusieurs participent à plusieurs chapitres. La deuxième partie, consacrée à l’orthographe et à la grammaire, est structurée en trois chapitres, signés par un seul et même auteur. La structure de l’ouvrage ne se construit donc pas autour d’un nombre de contributions individuelles, mais suit un fil logique qui va en s’amplifiant dans un ouvrage réellement collectif.

Les différents chapitres de la première partie se complètent harmonieusement, en partant des défis de l’enseignement supérieur et de l’état des recherches sur les littéracies universitaires, présentés par Catherine Frier. Le tableau brossé, très réaliste, est riche en données sur une époque où l’université, lieu de formation du plus grand nombre, suit les fluctuations des conjonctures socio-économiques caractérisées par la montée du chômage, se soumet à la volonté politique de promouvoir quatre-vingts pour cent d’une classe d’âge au baccalauréat et de faire face à une mondialisation des critères de concurrence entre universités, subit la concurrence des classes préparatoires aux grandes écoles qui attirent de plus en plus de jeunes, et reçoit de plus en plus d’étudiants étrangers. L’auteure identifie des aspects problématiques comme l’hétérogénéité des étudiants, la précarité ou le décrochage, pour arriver à l’idée que les difficultés des étudiants sont souvent liées à la maîtrise de l’écrit et de ses usages. Le champ des « littéracies universitaires » émergé de ces préoccupations, et déjà défini par d’autres spécialistes, se situe à l’intersection des sciences du langage et de la didactique du français : il concerne les genres de discours universitaires et les difficultés qu’ils posent aux étudiants, tant en réception qu’en production. L’ouvrage s’inscrit volontairement dans une approche « pragmatique » (un terme, il faut le reconnaître, très à la mode) de la didactique du français dans l’enseignement supérieur, la lecture et l’écriture étant des pratiques sociales dont la maîtrise s’inscrit sur la longue durée. Cette approche se propose de dépasser la simple remédiation ponctuelle normative pour arriver à des aspects discursifs et cognitifs structurés liés aux modes de construction des savoirs disciplinaires. Suit la présentation de quelques modalités de travail du texte du point de vue de la ponctuation, des anaphores et des collocations (proposées par Françoise Boch, Cristelle Cavalla, Sabine Pétillon et Fanny Rinck) ou de travailler la cohérence textuelle (que l’on doit à Odette Gagnon), pour arriver à l’écriture créative participant à la construction des connaissances à l’université (développée par Alain Chartier et Catherine Frier) et à la rédaction des mémoires et des thèses (signée par Françoise Boch, Francis Grossmann et Fanny Rink).

La seconde partie, signée par Maurice Laurent, formateur de formateurs, est intitulée « Travailler l’orthographe et la grammaire de manière inductive ». Fort de son expérience pédagogique, l’auteur part de quelques jalons théoriques et de quelques constatations sur l’écrit des étudiants, pour déterminer surtout leurs besoins (qu’il distingue en « apparents » et « profonds ») sur le plan de l’orthographe grammaticale. Il présente ensuite un cours pratique de grammaire destiné à faire acquérir aux étudiants une vue d’ensemble des formes du système verbal, en insistant sur le fait que seule la prise de conscience (explicite, structurée) du fonctionnement grammatical assure la maîtrise de l’orthographe des formes du verbe. Une seule réserve peut être exprimée, celle sur une partie de la terminologie employée (cf., par exemple, le « déterminant prépositionnel » pour désigner l’amalgame d’une préposition et d’un article, qui introduit non pas un syntagme nominal, comme les déterminants, mais un syntagme prépositionnel, ayant un statut syntaxique différent).

Ce livre pose une problématique, analyse un contexte, identifie des besoins et associe une réflexion théorique à une synthèse de pratiques pédagogiques très stimulante pour les enseignants. Le point le plus important est la prise de conscience d’un travail qui incombe désormais au monde universitaire, les pratiques à l’œuvre pouvant être très diverses.

 


Auteur


Emilia Hilgert
Université de Reims Champagne – Ardenne, EA 4299 CIRLEP
[emilia.hilgert@univ-reims.fr]

 


Référence complète


BOCH, Françoise, FRIER, Catherine (coord.), Ecrire dans l’enseignement supérieur. Des apports de la recherche aux outils pédagogiques, Grenoble, ELLUG, Université Stendhal, coll. Didaskein,  2015, 335 pages.

 

 

Publicités