Les émotions politiques dans les dessins d’Eneko à Madrid en 2011


Résumés


Le dessinateur Eneko exprime ses émotions politiques via le dessin dans l’Espagne de 2011, l’année des Indignés. Eneko est plus jeune et moins connu que El Roto mais son style efficace et son graphisme élégant font que ses dessins peuvent marquer son époque. Il publie à Madrid dans le quotidien gratuit 20 minutos et la revue Interviú. Il traduit en dessins ses opinions politiques et son engagement personnel. Les émotions vont de la colère à la joie, l’indignation n’est pas absente. 2011 est aussi une année électorale et Eneko manifeste son opposition aux politiques d’austérité qui arrivent. L’émotion est ainsi un vecteur de la prise de conscience, la voie d’un changement possible. Eneko est un adepte du minimalisme. Ces dessins ressemblent souvent à des haïkus graphiques. Ces dessins forment une petite voix, celle d’un dessinateur qui traduit les émotions et en fait des sentinelles qui veillent sur la société espagnole.

Eneko cartoonist expresses his political feelings through drawing in Spain of 2011, the year the Spanish protests. Eneko is younger and less known than El Roto but his effective style and his elegant graphics makes that his drawings can mark his time. He publishes in Madrid in the free daily paper 20 minutos and the magazine) Interviú. He translates into drawings his political views and his personal commitment. The feelings go of the anger to the enjoyment, the indignation is also present. 2011 is also an election year and Eneko shows his opposition to the austerity policies which arrive. The emotion is so a vector of the awareness, the way of a possible change. Eneko is a follower of the minimalism. These drawings often look like graphic haïkus. These drawings form a small voice, that of the cartoonist which translates the feelings and makes it sentinels who stay up the Spanish society.

Mots clés : engagement, Indignés, Espagne, dessins politiques, Eneko.
Keywords: commitment, Spanish protests, Spain, political cartoons, Eneko.

 

Le dessin de presse est un lieu curieux. Concentré d’opinions, il est direct et sans détour. Sans être simpliste, il prend de vitesse les chroniques et les éditoriaux. En matière de dessin de presse, on connaît en Espagne de grands noms, tels que Chumy Chúmez, Forges ou El Roto. Plus jeune que El Roto, et pour l’heure, moins connu, Eneko porte un regard presque aussi sombre que lui sur le monde en général et la société espagnole en particulier. La lucidité se mêle à la colère sur de nombreux sujets sensibles dans ses différents lieux de publication. Son irritation transparaît fréquemment et on peut difficilement classer ses dessins dans la catégorie de l’humour et oublier leur forte dimension politique. L’émotion du dessinateur se propage comme un incendie et le lecteur partage dans l’instant cette émotion grâce à la force de ses choix esthétiques. Ses dessins expriment en 2016 des opinions proches de Podemos. Volontiers critique envers le Parti populaire et le PSOE, il rejette fermement le bipartisme et la monarchie. Qu’en était-il en 2011, l’année du 15-M ? Quels étaient alors ses sujets et ses émotions entre la colère face aux réalités sociales et la joie de voir enfin une évolution politique ? Les émotions d’un dessinateur de presse prennent logiquement la forme de dessins et son inspiration est fortement liée à l’actualité. L’année 2011 a été une année particulièrement riche sur le plan des émotions politiques. La palette des émotions est large, comme la palette des couleurs utilisées par un peintre. La rage, le chagrin, la souffrance mais aussi la joie, l’amusement, l’admiration, notamment, peuvent apparaître sous les doigts du dessinateur.

On oppose souvent un peu vite le rire et les larmes, oubliant le célèbre aphorisme de Beaumarchais. Dans le dessin de presse, couramment qualifié d’humoristique, le rire conserve parfois une part de tristesse. Comment penser que les représentations des drames qui frappent quotidiennement l’humanité ne laissent pas une trace tragique dans cet espace qu’est le dessin de presse ? Nous verrons dans un premier temps les « colères » d’Eneko, ce qui le mobilise et ses combats. Dans un second temps nous analyserons ses « joies », les actualités qui font naître l’espoir chez lui. Mais celui qui signe ces dessins le fait dans un contexte, il est lui-même une partie de ce contexte, avec son parcours personnel, ses engagements et ses opinions. Ses émotions sont la résultante de tout cela, une situation, une histoire, une sensibilité qui génèrent une image chargée de divers éléments agglutinés, quelques traits et quelques mots.[1]

Eneko et l’année 2011

La satire politique et la dérision sont des éléments essentiels du dessin dit d’humour tel qu’il apparaît aujourd’hui dans la presse. Laurent Gervereau, spécialiste de l’image, commentait il y a quelques années le développement de ce dessin en Europe en soulignant le « tour plus politique » pris en France par des revues telles que Hara-Kiri suivi de Charlie Hebdo après mai 1968.[2] Les dessinateurs deviennent ainsi de « véritables éditorialistes » qui expriment des opinions politiques sur des sujets de société et nous sommes dès lors bien loin du pur divertissement. Dans le cadre européen, le cas du Royaume Uni est particulièrement intéressant. Ainsi, l’angliciste Gilbert Millat analysait en 2004 le fonctionnement de ces images dans la société britannique et soulignait notamment qu’un point qui peut surprendre est que « nombre de dessins politiques ne présentent aucun caractère humoristique ». Qu’en est-il pour Eneko en 2011 ?

Avant d’avancer sur le contenu de ses productions, revenons un moment à l’auteur. Son nom complet est Eneko de las Heras. Son auto-présentation indique sur son blog : « Me llamo Eneko, nací en Caracas en 1963 y soy dibujante desde que me salió el primer pelo de la barba. Algunos de mis dibujos parecen haber cobrado vida propia. »[3] Installé à Madrid au cours des années 1990, un article de El País, du 19 juillet 1999, le présente comme peintre mais ses dessins semblent prédominer dans son activité depuis quelques années.

Eneko publie ses dessins dans différents médias : le quotidien gratuit 20 minutos, le magazine Interviú ou encore le hebdomadaire satirique El Jueves. Il a aussi travaillé au sein du journal Diagonal. Quelques mots sur ces différents titres : Le journal 20 minutos, dont le sous-titre est « Le premier quotidien qui ne se vend pas », est diffusé à Madrid depuis 1999, son tirage est comparable à celui de El País. Fondé en 1976 Interviú, est un magazine bien connu en raison de ses unes à scandales. Il conserve son goût pour les nus féminins en couverture. El Jueves est un titre de presse satirique qui partage ses contenus entre un certain érotisme et une forme d’engagement politique depuis 1977. Diagonal, quant-à-elle, est une revue critique et indépendante, publiée deux fois par mois, « sans directeurs ni chefs ». Sa publication a commencé en mars 2005. Le collectif insiste sur son lien avec les mouvements sociaux. Ses différentes publications traduisent les sympathies d’Eneko. Sa ligne personnelle se retrouve dans ses lieux de publication. Il faut ajouter à cette liste son blog et son compte Twitter. Pour cette étude nous nous focaliserons essentiellement sur les dessins publiés dans le journal 20 minutos, ce qui constitue un corpus d’une centaine de dessins, soit en moyenne deux à trois dessins par semaine.

Eneko a publié notamment deux livres de dessins Mentiras, medias verdades, cuartos de verdad en 2006 et ¡Fuego ! en 2013. Il a aussi participé à l’aventure de El Cártel, depuis 1998, avec d’autres dessinateurs tels que Olaf ou Pepe Medina. Cette aventure collective, qui a duré plusieurs années, consistait en la réalisation d’une affiche, une sorte de dazibao humoristique, collée ensuite sur les murs des rues de Madrid. Cette performance traduit la volonté d’exprimer son opinion, de la faire arriver jusque dans la rue, le lieu des manifestations, un lieu majeur pour l’expression politique. Son blog et son compte Twitter, qu’il a ouvert en juillet 2015, montrent qu’il ne néglige aucun lieu de diffusion. Il se dit plus proche de Chávez que de ses opposants et ses opinions politiques ne sont pas un mystère pour ses lecteurs. Placé en exergue sur ce compte Twitter, un dessin intitulé « El humorista »[4] montre un funambule sur les lèvres d’un homme qui esquisse un sourire, ce qui traduit la difficulté de son métier, l’équilibre qu’il recherche dans ses dessins.

Les quelques centimètres carrés qui constituent son espace d’expression sont souvent divisés en deux, trois ou quatre cases. Une case en haut ou en bas contient fréquemment quelques mots qui contextualisent le dessin, un nom de pays, par exemple, ou le nom d’une personne ou d’une thématique. Parfois une phrase complète trouve sa place dans ce cadre, souvent laconique. Il pratique quelque fois la segmentation créative en montrant deux aspects du réel, l’un visible par tous, l’autre visible par quelques-uns. Eneko fait preuve d’une grande créativité, son style est immédiatement reconnaissable, le plus souvent. Il montre un goût certain pour les symboles et utilise les couleurs en nombre très limité. Certaines sont ainsi associées à un personnage ou à une personne, le jaune est ainsi devenu la couleur de Donald Trump fin 2016. Il montre une certaine économie de moyens ; peu de mots, peu de détails dans ses dessins. Il n’a que rarement recours à la caricature graphique, il évite de trop déformer les traits de personnes connues, ses personnages sont plus souvent des représentants d’un collectif que des personnes réelles, mais l’on voit parfois le visage de Franco, Mariano Rajoy, Felipe González ou plus récemment Pablo Iglesias ou Albert Rivera. Toutefois, on peut trouver un côté hyène agressive dans le visage de José María Aznar sous la plume d’Eneko.

Il admire Picasso et Magritte. Il fait régulièrement un clin d’œil à Guernica, une de ses citations graphiques préférées. Eneko cherche à communiquer des idées, la réflexion est plus importante que le rire, ses dessins ressemblent souvent à des éditoriaux. Il recherche le signe graphique qui fera sens pour le lecteur. L’engagement donne une dimension morale à ses dessins qui sont souvent liés à l’actualité politique. Ainsi que le soulignait en 2007 Françoise Lairys-Dubosquet à propos de El Roto, Eneko « nous invite à une profonde et parfois même douloureuse prise de conscience. »[5]

Cette douleur liée à la prise de conscience témoigne de la circulation des émotions, via l’image dessinée, l’image politique. L’image et l’émotion sont ainsi souvent associées. Le choc de l’image, dont se prévalait Paris-Match (« Le poids des mots, le choc des photos ») est un choc émotionnel. Le philosophe et historien de l’art Georges Didi-Huberman dit, à propos de ces émotions, qu’elles sont un « mouvement hors de soi »[6], ce qu’il appelle des « motions ». Ces « mouvements » sont très présents dans les images, c’est pourquoi Georges Didi-Huberman s’interroge sur l’histoire des arts visuels, que l’on pourrait lire, selon lui, comme « une immense histoire des émotions figurées ».[7]

Georges Didi-Huberman termine en affirmant :

Les émotions, puisqu’elles sont des motions, des mouvements, des commotions, sont aussi des transformations de ceux ou de celles qui sont émus. Se transformer, c’est passer d’un état à un autre : nous sommes donc bien renforcés dans notre idée que l’émotion ne peut pas se définir comme un état de pure et simple passivité. C’est même à travers les émotions que l’on peut, éventuellement, transformer notre monde, à condition bien sûr qu’elles se transforment elles-mêmes en pensées et en actions.[8]

Ces dessins porteraient donc potentiellement une charge émotionnelle qui pourrait se transformer en charge politique, voire en action. On comprend aisément dès lors l’intérêt suscité par ces productions qui sont elles-mêmes des acteurs, qui ont « pris vie », pour reprendre l’expression d’Eneko. Les historiens s’interrogent eux aussi sur les émotions et de façon plus générale sur les sensibilités. Ainsi, Damien Boquet et Piroska Nagy dans le Dictionnaire de l’historien affirmaient en 2015 : « [Les émotions] sont des dispositions psycho-physiologiques d’évaluation des savoirs et des valeurs, au carrefour de l’appréhension cognitive et de la détermination morale. Loin d’être des parasites de la rationalité, les émotions en sont plutôt les sentinelles. »[9]

De telles considérations nous incitent à regarder avec une attention renouvelée les dessins qui concentrent de l’opinion et de l’émotion. Les dessinateurs, du fait de la spécificité de leur art, qui fait le lien avec l’actualité, sont-ils des sismographes qui traduisent en traits les émotions qu’ils ressentent, les frémissements du collectif ?

Il faut donc prendre les émotions au sérieux et ne pas les évacuer trop vite au profit de la réflexion. Le circuit des émotions prend de vitesse bien souvent celui des idées, même si ces idées expliquent a posteriori ces émotions et les rationalisent. L’émotion, c’est une réaction rapide face à une situation, une modification de notre équilibre qui penche alors du côté touché. L’émotion c’est la prise en compte d’un aspect d’une situation et l’intégration de cette nouvelle donnée dans notre schéma. L’image est particulièrement efficace de ce point de vue. La photographie d’Aylan, l’enfant syrien mort noyé, découvert sur une plage turque a probablement plus fortement marqué que bien des discours.

De ce point de vue, il est intéressant de noter que ces images fortes sont souvent, sur le plan technique, des clichés pris sur le vif, des instantanés, qui appartiennent à la catégorie « noble » de la photographie de presse. Comme Roland Barthes, nous pouvons constater qu’il existe deux catégories de photographies, c’est la célèbre analyse du Studium et du Punctum développée dans La Chambre claire. La majorité des photographies de presse ne provoque chez le lecteur qu’un intérêt poli. Certaines images, au contraire, semblent contenir un élément qui part comme une flèche et vient blesser le lecteur. C’est cette piqûre, cette marque faite par un instrument pointu, que Barthes appelle le punctum. On note que dans le cas de Barthes, c’est l’émotion intense qui l’atteint.

Pour ce qui est des dessins de presse, l’émotion est d’une nature un peu différente. La conscience du travail de la main du dessinateur peut adoucir cette émotion mais ce travail peut aussi réveiller une émotion ancienne, liée à une autre image. La créativité du dessinateur fait apparaître des images nouvelles qui reprennent souvent des morceaux d’images passées. Une sorte de réseau de matière iconique se forme, un lien entre de nombreuses images, celles des photographies, des dessins des autres, des tableaux et autres productions graphiques. La flèche et la piqûre décrites par Roland Barthes peuvent venir de loin, de Goya par exemple, ou de Picasso. Dans un dessin, une idée prend une forme graphique. Elle devient un détail, un trait qui établit une continuité émotionnelle entre le dessinateur et son public.

Dicho a mano, des éditoriaux graphiques

Quand commence l’année 2011, Eneko est déjà depuis plusieurs années viñetista[10] pour le quotidien 20 minutos. Son éditorial graphique apparaît deux ou trois fois par semaine dans la version papier. À cette diffusion s’ajoute le blog, comme on l’a vu. Hébergé sur le site de 20 minutos, ce blog suit le modèle que l’on connaît en France avec par exemple, le dessinateur Zep sur le site du Monde. Comme pour les dessins de Plantu qui occupent depuis des années la une du quotidien français, le dessin de Eneko semble être un rendez-vous avec le lecteur. Ces dessins ont donc une bonne visibilité, même si elle reste logiquement bien moindre que celle de la une de El Jueves, par exemple.

Le titre du blog de Eneko, visible sur le site du périodique 20 minutos est clair : « Y sin embargo se mueve », « Et pourtant, elle tourne », est comme il est bien connu, la phrase attribuée à Galilée. On peut y voir le sentiment d’une position vraie confrontée à un dogme, on peut aussi lire dans ce titre l’idée que la terre tourne malgré tous les problèmes, les injustices, les malheurs. Cette idée est confortée par certains dessins de Eneko, tel celui où l’on peut voir la mort, personnifiée sous la forme d’une géante équipée de sa faux posée sur un globe terrestre, la lame frôlant la surface de la terre. Le malheur et la mort semblent aussi inéluctables que la rotation de la terre. Le titre choisi dans la publication papier de 20 minutos est différent. Sous l’intitulé « Dicho a mano », les dessins d’Eneko sont publiés en pages intérieures. Leur format est de l’ordre de dix centimètres sur six, soit la largeur de deux colonnes. Parmi tous les sentiments qui agitent une personne pendant une année, certains donnent lieu à un dessin, d’autres pas. Certains méritent deux, trois ou quatre dessins. Ce sont les sujets forts d’Eneko, ceux qui le mobilisent. Eneko n’a pas tort d’affirmer que quelques dessins semblent avoir « leur propre vie ». Une énergie particulière se dégage de certains d’entre eux qui marquent durablement le lecteur.

2011, quelques sujets d’indignation

L’année 2011 est une année paradoxale. Son intensité politique est évidente, pas seulement en raison des élections du mois de novembre. C’est une année de campagne, une année de promesse et une année de protestation. Il y a quelque chose de différent en cette année 2011, ce qui aurait pu être de l’abstention ou de l’indifférence se transforme en occupation de certains lieux, en échanges, un peu d’utopie dans une période de crise tant politique qu’économique. Certains sujets relèvent de la politique espagnole. D’autres portent sur les différents pays qui font la une de la presse.

Les émotions d’Eneko se manifestent donc dans un contexte espagnol marqué par la crise et une lassitude politique. L’alternance du PSOE et du Parti Populaire génère une insatisfaction grandissante. Ce bipartisme imparfait – et la vision de plus en plus critique de la Transition et de ces conséquences – ont créé une situation nouvelle. Un frémissement politique s’annonce tandis que le Français Stéphane Hessel publie en Espagne la traduction de son essai « Indignez-vous ! » début 2011 et que sa diffusion rapide traduit une forme d’adhésion au message. L’injonction de Stéphane Hessel trouve un écho en Espagne et on peut voir dans les dessins d’Eneko de nombreuses propositions de sujets d’indignation. La question de l’engagement pointe fortement.

La politique occupe une place de choix dans les dessins de Eneko. Politique nationale ou internationale, les questions graves sont très présentes sous sa plume. Il y a une vingtaine d’années on disait qu’il explosait tous les matins une petite bombe au Pays basque, le journal Egin. De façon beaucoup plus pacifique, on peut considérer chaque dessin de Eneko comme une petite manifestation dans les pages de 20 minutos. L’expression d’une opinion politique est rarement neutre sur le plan émotionnel, l’engagement présuppose une émotion. La peur, la colère ou l’enthousiasme, par exemple, motivent la publication du dessin qui traduit directement un état d’âme. La révolte des hommes contre une condition indigne, c’est l’un des ressorts des dessins d’Eneko, comme nous allons le voir. Les colères d’aujourd’hui montrent les engagements, les empathies et les antipathies.

Les « colères » de Eneko

Il convient de préciser un point, avant d’avancer dans cette analyse. Le mot émotion, ici, n’est pas employé dans son sens le plus fort, mais plutôt dans son sens affaibli, qui correspond à un état affectif, un sentiment. Il ne s’agit pas de l’agitation émotionnelle, marquée par des troubles somatiques, mais bien de ce sentiment qui accompagne une idée, sans causer une perturbation majeure. De plus, la dimension politique de cette émotion montre que ce sentiment est associé à une vision de la société, à une prise de position.

L’échelle de la colère va de la simple irritation à la fureur. Eneko fait preuve d’une certaine modération mais visiblement certains événements suscitent chez lui plus que de l’irritation. Le premier dessin de l’année 2011 montre un gros homme en costume cravate qui adresse ses vœux : « Feliz engaño nuevo ».[11] Le ton est donné, cet homme représente clairement les puissants, la banque, le secteur des finances, le capitalisme. En pleine crise économique, la question est particulièrement présente, avec notamment la question de l’austérité et le néolibéralisme. L’année 2011 étant une année d’élections en Espagne, il aura beaucoup à dessiner sur la question des politiques.

Voyons d’abord les questions internationales. Eneko s’intéresse à différents pays mais le cas le plus intéressant et récurrent reste celui des États-Unis. On remarque ainsi un dessin représentant Oncle Sam, avec son chapeau orné de la bannière étoilée qui proclame : « Me acusan de doble moral. ¡Pero si no tengo ni una ! »[12]. Faut-il y voir de l’antiaméricanisme viscéral ou une simple répulsion ? Dans le même temps l’affaire Bradley Manning lui inspire un sujet. Un homme regarde une prison et pense : « Bradley Manning, acusado de ayudar al enemigo. Luego, soy el enemigo. » Celui qui a informé le site Wikileaks sur les agissements de l’armée américaine est considéré comme un traître par les uns et comme un héros pour les autres. C’est le point de vue de Eneko qui déduit de cette affaire que les citoyens sont bien les ennemis des États-Unis si on considère qu’ils sont les bénéficiaires de la fuite.

La colère d’Eneko est particulièrement visible quand il est question de la guerre. Ainsi, le viñetista dénonce-t-il l’hypocrisie des frappes aériennes sur la Libye, en plaçant un masque de colombe de la paix sur le cockpit d’un avion de chasse qui bombarde. Son titre, sous la forme d’un oxymore, « Guerra humanitaria », souligne l’ambiguïté entre discours et réalité. Il montre aussi la convoitise, une bombe larguée d’un avion prend la forme d’une main d’homme en costume qui se saisit des réserves pétrolières du pays. Quelques semaines plus tard, les réserves pétrolières de la Libye seront représentées comme un énorme gâteau au chocolat dont l’OTAN se sert une part généreuse. La mort de Kadhafi se traduira un peu plus tard par du champagne dans le dessin d’Eneko, qui montrera ainsi la célébration par l’OTAN, le champagne s’avérant être du pétrole. Cette analyse rejoint celles faites dans El Jueves en 2003 lorsque l’ennemi des États-Unis était Saddam Hussein. La question des matières premières et cette lecture critique le rapprochent des analyses d’Eduardo Galeano dans son célèbre livre, Las venas abiertas de América latina, livre par ailleurs offert par Hugo Chávez à Barack Obama lors d’un sommet des Amériques en 2009. L’hommage d’Eneko à Eduardo Galeano lors de sa mort confirme l’existence d’un lien fort entre les deux hommes.

Eneko, 20 minutos, 7 octobre 2011.

Eneko reprend à plusieurs reprises le titre « Propagande de guerre », associé à une représentation des médias qui cautionnent l’intervention en Lybie. Il fustige la pensée unique, sous la forme d’une chaîne entre cerveaux, l’aliénation est manifeste également sur le drapeau américain dont la partie basse prend la forme de chaînes. Le titre « El amo »[13] montre cette domination des uns sur les autres. L’élimination de Ben Laden, l’opération Géronimo, est l’objet d’un dessin, le corps lesté jeté à la mer. Le terroriste n’a pas été jugé, les principes du droit ne se sont pas appliqués, ce sont donc, aux yeux d’Eneko, leurs principes théoriques que les États-Unis ont jeté à la mer avec le cadavre de leur ennemi. On remarque aussi en octobre un dessin montrant la base militaire de Rota (située à proximité de Cadix) d’un côté et un pistolet de l’autre, en continuité. Le titre « Impérialisme » souligne son sentiment. Les bases américaines sont des armes. Celle-ci, concédée par Franco, reste un symbole pour la gauche espagnole et les pacifistes. Même si le président Obama ne suscite pas le même rejet que le président Bush, la politique étrangère des États-Unis engendre une émotion durable et plutôt stable, qui conduit à une dénonciation de l’impérialisme. C’est l’une des colères d’Eneko.

Parmi les autres colères d’Eneko, retenons le cas de la Grèce. Alors que la crise économique frappe sévèrement l’Europe, l’acronyme PIGS désigne les pays européens présentant les risques les plus importants. Le S de l’Espagne (Spain) et le G de la Grèce. La bataille de la Grèce apparaît comme un enjeu européen majeur. Ce qui se passe en Grèce préfigure les politiques d’austérité qui vont s’appliquer dans d’autres pays, à commencer par l’Espagne. L’austérité est alors l’autre nom de la misère. Aussi, quand Eneko représente la Grèce, on ressent une émotion particulière, un engagement viscéral en 2011. C’est une question de vie ou de mort, aussi la représentation de la mort est-elle fréquemment utilisée. Quand le dessinateur représente sur deux cases la Grèce, d’un côté le sauvetage est illustré par une bourse tandis que la politique d’austérité apparaît comme une corde de pendu. Un nouveau dessin montre le discobole avec le bras bloqué par une ceinture, symbole d’austérité chez Eneko. Il faut se serrer la ceinture, mais le pays est immobilisé, il est entravé, prisonnier des politiques. Eneko condamne cette situation. La Grèce apparaît encore sous la forme d’un drapeau grec ceinturé par les étoiles du drapeau européen. Peu après, ce sont les lèvres d’un citoyen grec qui sont ceinturées par ces mêmes étoiles. L’Europe empêche la Grèce d’être ce qu’elle veut être. Elle est un obstacle. L’empathie d’Eneko va aux Grecs, au peuple, il condamne l’Europe.

L’Europe semble passive et égoïste. C’est aussi l’Europe qui est représentée sous la forme d’une vague menaçant des réfugiés. La crise des migrants ne fait que commencer, de nombreux dessins suivront. Un autre dessin montrera ainsi une patera, une embarcation de fortune, renversée par une vague pendant que le monde (et l’Europe en particulier) pratique la politique de l’autruche. Une partie de la colère d’Eneko est bien dirigée contre ce qui apparaissait comme un projet politique fédérateur lorsque l’Espagne est devenue membre de la Communauté Économique Européenne en 1986.

Eneko, 20 minutos, 11 mai 2011.

Dans les différents pays, Eneko montre un rejet du libéralisme, de l’impérialisme et de la guerre. Ces antipathies sont claires. Au premier rang de ces rejets, les États-Unis semblent représenter tout ce qu’il désapprouve sur le plan politique. Il se positionne clairement sur la gauche, tendance pacifiste et écologiste, de l’échiquier politique et à ce titre, il est contre les interventions militaires, contre le nucléaire. Il défend les peuples opprimés et s’aligne sur les positions de Syriza en Grèce, contre l’Europe de Merkel. Il est clairement contre l’idéologie libérale et la technocratie qui aliène. Certaines personnes sont nommées. Duvalier ou Berlusconi sont les archétypes des hommes politiques tout-puissants. C’est cette puissance sans limite qu’il représente sous la forme d’hommes en costume qui hantent ses dessins. Le costume est le signe du pouvoir et le plus souvent du rejet de la part d’Eneko. Les États-Unis sont d’ailleurs le pays qui représente le mieux cette notion de puissance qui insupporte le dessinateur. L’antiaméricanisme est un sentiment latent chez de nombreuses personnes. Dans une analyse de El Jueves en 2003 sur la question de la guerre en Irak, j’avais montré que les différents auteurs restaient en fait dans une critique de la politique étrangère des États-Unis, sans sombrer dans un antiaméricanisme viscéral.[14] L’analyse pour Eneko est proche. Le rejet porte sur cette politique étrangère qui mène à la guerre avec en toile de fond les intérêts économiques, au mépris des valeurs affichées, le plus souvent. C’est bien un rejet politique, une colère politique car l’émotion est réelle. Le capitalisme suscite chez lui une réaction épidermique. L’Europe est jugée de la même façon. On trouve aussi une condamnation de la politique d’austérité qui étrangle la Grèce et considère les migrants comme quantité négligeable. Pour Eneko, tout le monde compte, surtout les plus faibles pour lesquels son empathie est maximale. Lorsqu’il traite de l’Espagne, sa ligne est assez proche, avec toutefois une attention encore plus forte sur certaines questions comme nous allons le voir.

Eneko, 20 minutos, 12 janvier 2011.

Des élections en Espagne

Début 2011, le dessinateur s’interrogeait sur les élections à venir en Espagne, Zapatero ou Rajoy ? L’ombre de l’homme sans visage représenté prenait la forme d’une paire de ciseaux, ce qui laissait entendre que, dans un cas comme dans l’autre, il fallait s’attendre à des coupes budgétaires drastiques. Ces ciseaux sont présents dans de nombreux dessins de Eneko, ils symbolisent ces politiques d’austérité qu’il dénonce. Une nouvelle fois, un homme en costume et cravate est associé à la tromperie, l’apparence masque une politique, le visage est une ruse car les politiques réelles après les élections sont les mêmes, la réduction des déficits. Sa représentation sans visage d’un homme indifférent montre que le choix politique n’existe pas. En ce début d’année 2011, le bipartisme semble encore solide, voire indestructible car aucune alternative n’existe alors réellement. Il y a une fatalité triste dans cette question, « ¿Zapatero o Rajoy ? » montre le côté apparemment inéluctable de cette politique abhorrée. Le rejet des élections est manifeste puisqu’elles seront sans effet sur la politique elle-même. La figure de la tromperie et de la manipulation est récurrente chez Eneko qui montre souvent des mains qui tirent les ficelles, depuis l’ombre. L’idée de la marionnette est souvent présente. La campagne électorale est l’occasion de nombreux dessins qui tournent autour de la tromperie, de la dissimulation, des sourires faux. Il représentera un homme en costume souriant paré de magnifiques plumes de paon. Ce dessin très efficace traduit la répulsion d’Eneko pour les fausses promesses et les discours trompeurs. Ces hommes ne peuvent en aucun cas représenter les autres, le peuple, son rejet est manifeste. Cette tromperie est l’une des causes majeures des colères d’Eneko.

Eneko, 20 minutos, 8 juin 2011.

Le sommeil des consciences

Un thème secondaire en apparence se glisse au milieu de l’année 2011, il s’agit du scandale du Diccionario biográfico español[15] réalisé par la Real Academia de Historia. Ce qui pose problème c’est notamment la notice biographique de Franco confiée à un franquiste notoire, Luis Suárez, qui renoue avec la tendance hagiographique dans un ouvrage qui prétend être l’ouvrage de référence. Eneko représente Franco sur une selle chevauchant sa notice biographique. L’idée est de montrer que le dictionnaire est une statue à la gloire de Franco, une de ces statues équestres qui ont été retirées des rues après la loi sur la Mémoire Historique de 2007. Un second dessin sur la même question deux jours plus tard représente cette fois trois tomes du Dictionnaire Biographique qui forment des strates d’un terrain sous lesquelles on trouve un squelette et la mention « Víctima del franquismo » [16], dans une allusion claire aux cunetas, ces fosses où reposent toujours aujourd’hui des dizaines de milliers de « victimes du franquisme ». Cette représentation montre l’aberration que constitue ce dictionnaire qui célèbre Franco en ignorant volontairement une réalité historique contemporaine, ces milliers de corps sans sépulture décente. Les milliers de noms du dictionnaire sont conservés dans le papier tandis que des milliers de squelettes sans noms sont toujours sous terre. Eneko est scandalisé et il donne une forme graphique à son émotion. Il exprime sa compassion pour les victimes « oubliées » et son rejet pour cette statue lexicographique de Franco érigée par Luis Suárez et l’Académie. L’image des fosses communes, des squelettes sous terre, semble hanter Eneko qui y fait référence relativement souvent. Il rejoint en cela la ligne de l’ARMH (Asociación de Recuperación de la Memoria Histórica). Le dictateur, le puissant d’hier, est honni, il représente tout ce qu’Eneko déteste et sa célébration dans un dictionnaire financé par le ministère de l’éducation est insupportable à ses yeux. Il symbolise une mémoire malade, une conscience affaiblie.

Eneko, 20 minutos, 31 janvier 2011.

La défense des droits sociaux semble être elle aussi affaiblie. La crise en Espagne donne lieu à de multiples représentations. Le travailleur est une figure récurrente de ces représentations. Son attribut le plus visible est souvent une sorte de casque de chantier, qui renvoie au monde du travail, voire à la mine. Sa tenue est simple, un vêtement de couleur beige, sans col. Loin du blanc des chemises et du noir des costumes, son corps respire l’humanité. Un dessin retient l’attention fin janvier. Un travailleur, couché sur le sol se réveille. La légende indique « Cuando despertó, los derechos ya no estaban allí ».[17]. Cette légende montre une empathie teintée de reproche. El Roto aurait pu signer un dessin similaire. Le sommeil de la conscience politique des salariés les met dans une situation difficile, leurs droits sociaux disparaissent et ils ne réagissent pas réellement. Toutefois, ce sommeil peut se lire aussi comme une forme d’accablement, un abattement profond qui semble rendre difficile la mobilisation. Peu après, alors que l’Égypte est en effervescence, l’Europe semble endormie, sous le crayon d’Eneko. Encore des reproches, l’Europe n’est pas à la hauteur des enjeux politiques. Le sommeil a ici un sens politique, tout comme le réveil qui va bientôt montrer que cet état de sommeil peut aussi être le préalable à un mouvement politique et social important. Ce mouvement de bascule ressemble à celui que décrit Georges Didi-Huberman dans Peuples en larmes, peuples en armes, l’accablement s’avérant être l’une des conditions propices au soulèvement.

On est frappé par la cohérence et la récurrence des thèmes d’Eneko. Il a clairement choisi son camp et il milite pour les causes qu’il juge justes. Un de ces thèmes de prédilection est bien la lutte contre les politiques d’austérité et le néolibéralisme. Il dénonce ce qui coupe (ciseaux, dents de loup…), ce qui écrase, ce qui étouffe… On remarque chez Eneko l’image de la strangulation, un objet exerce une pression sur un être et le prive de la possibilité de respirer. Cette violence souvent symbolique dans les dessins prend un sens particulier dans le pays du garrote vil[18]. Eneko représente ainsi cette violence institutionnelle, cette violence souvent discrète qui prendra une forme très visible avec les expulsions, les desahucios, qui seront un peu plus tard un des thèmes forts d’Eneko. Tout cela alimente une colère, encore discrète chez Eneko, tandis qu’elle commence à se manifester dans les rues, hors des frontières de l’Espagne.

Eneko, 20 minutos, 17 janvier 2011.

Les « joies » d’Eneko – Le peuple des lilliputiens

Il est difficile d’ignorer les questions internationales traitées par Eneko. Il focalise dès le début de l’année 2011 sur les printemps arabes. Toute son empathie et sa solidarité se dirigent une nouvelle fois vers les peuples en lutte. Dans ses représentations, le peuple est souvent dessiné sous la forme d’un groupe compact, tandis que le puissant est seul. La seconde variable est la taille, les petits d’un côté et le grand de l’autre, des lilliputiens confrontés des géants. C’est la traduction visuelle de l’idée du peuple, qui semble avoir un peu vieilli au début du XXIe siècle. Le parti Podemos préférera le terme « la gente ». Certains dessins évoquent aussi la foule agglutinée, comme lors d’une manifestation, le groupe évoque le collectif face à l’individualisme égocentrique des puissants. C’est l’idée du « tous ensemble » face à une menace.

Un dessin remarquable est publié dans cette veine en janvier. On peut voir, sur l’océan constitué par la foule, se former une vague faite de dizaines de visages gris qui engloutit un homme en costume sans visage. La foule semble se réveiller pour mettre un terme à une domination. Le mot Túnez[19] surplombe sobrement ce dessin qui donne à voir le soulèvement. La foule compacte et grise semblait écrasée par l’homme qui la piétinait. Les unités grises forment un groupe solidaire, chaque visage gris est comme une goutte d’eau de la mer, une quantité négligeable, presque invisible, pourtant c’est leur réunion qui forme la vague qui met fin à la domination de l’homme en costume. La métaphore du tsunami est très efficace. Comme la revue Time à la fin de l’année 2011, Eneko semble considérer que l’homme de l’année, c’est le personnage collectif que constitue ce peuple qui manifeste. Les millions d’individus qui peuvent en s’unissant renverser un régime autoritaire. On ressent en regardant ce dessin la solidarité d’Eneko, il donne une forme graphique à ce mouvement politique et montre que chaque goutte d’eau de l’océan peut prendre sa part et participer au mouvement collectif. La foule grise, ces unités indifférenciées, sont des personnes qui par la mise en commun de leur action peuvent changer le cours des choses. Eneko exprime un sentiment de fraternité, il se sent proche de ces individus qui s’associent pour venir à bout du régime en place. La foule apparaît comme une masse compacte, sans espaces entre les personnes. Un bloc. Les visages gris de la foule montrent un changement d’état. La soumission initiale laisse place à une action. Ce sont les mêmes personnes, qu’on disait soumises, qui font tomber celui qui semblait installé pour longtemps. Pas de drapeau, pas de couleurs, hormis le gris. Il y a une forme d’universalité. Le message peut valoir pour d’autres pays. Cette foule est imprévisible. Il y a de l’espoir dans ce dessin, de l’approbation, une forme de joie discrète.

L’Espagne du 15-M

On retrouve logiquement dans les dessins les grandes questions qui font la une en Espagne. On remarque, par exemple, le thème de la monarchie et de la république qui arrive mi-avril, un mois avant le 15-M. Il prend la forme d’un échiquier où seuls demeurent les pions. Plus de tours, de cavaliers, et surtout plus de reine et de roi. Le titre « III República » [20] éclaire sobrement le propos. Il ne reste que le peuple. Les trente-deux pièces sont de même niveau, sans différences, hormis la couleur, noir ou blanc. Les puissants ont disparu. Cette représentation de la république en dit long sur le désir de changement d’Eneko. Le désir d’égalité d’Eneko apparaît dans cette troisième république presque inimaginable quelques années plus tôt.

Le 18 mai apparaît le premier dessin faisant référence au mouvement naissant dans les rues de Madrid. Sous le titre « Desalojo en sol »[21], la main d’un homme en costume assène un violent coup de matraque à un soleil qui personnifie le mouvement des indignés de Madrid. Le mouvement est en train de prendre, les puissants semblent inquiets. La Junta electoral Central[22] déclare que ces manifestations sont illégales. Le mouvement ne faiblit pas. Sur son blog Eneko précise : « Este dibujo fue realizado ayer, martes 17 en la tarde. La situación en la Puerta del Sol es cambiante, así que ya está otra vez llena. Vaya mi solidaridad con los movimentos en otras ciudades. »[23]. C’est bien la solidarité qui s’exprime, une émotion forte qui traduit un lien.

Eneko, 20 minutos, 11 juin 2011.

Eneko le 20 mai représente un homme et une femme qui manifestent, l’air déterminé. Les bulles sortant des bouches se complètent pour former le mot « INDIGN-ACCIÓN ».[24] C’est la première référence directe aux Indignados. Le mot valise d’Eneko renvoie cependant au sentiment et à l’action, les deux temps d’une lutte. Ces deux personnages sont ici debout, mobilisés. S’ils sont pacifiques, leur détermination est marquée par le poing droit levé de la femme. Ils semblent solidement campés sur leurs jambes, leur langage corporel exprime une résistance, la volonté de ne pas obtempérer et de poursuivre leur action malgré les pressions. Ces corps verticaux expriment la lutte, loin du sommeil représenté parfois par Eneko, ils expriment physiquement l’action. Il y a une forme d’approbation de la part d’Eneko qui manifeste virtuellement à leurs côtés.

Le 23 mai, Eneko continue sa série consacrée au 15-M. Il dessine un homme qui sème des graines sur un cerveau géant, l’approbation d’Eneko est évidente, son émotion politique également. Les idées nouvelles fleurissent et ce cerveau représente le terreau sur lequel elles vont s’épanouir. Une nouvelle représentation du 15-M apparaît le 11 juin, le peuple lilliputien est dans une immense poêle à frire tenue par la main d’un homme en costume. Une femme lilliputienne entreprend de couper à la hache le manche de la poêle. La femme qui mène la rébellion est une variante de La Liberté guidant le peuple de Delacroix. Le personnage féminin est mis en avant par Eneko. Cette représentation de la libération par l’action est très symbolique. On remarque qu’Eneko a pris la peine cette fois de différencier les visages et les coupes de cheveux de ce peuple. Ce sont des individus qui s’opposent à l’iniquité. Leur position regroupée, serrés les uns contre les autres évoque la solidarité, la manifestation, la communauté de destin. Notons que cette poêle peut aussi faire penser aux pateras, ces embarcations chargées de migrants qui arrivent sur les côtes espagnoles. Ce dessin est le symétrique du printemps arabe représenté sous la forme d’une vague, sous le mot Túnez que nous évoquions. Le groupe s’oppose au puissant et met un terme à sa domination. Toutefois, le processus semble plus abouti en Tunisie, alors qu’il reste en cours en Espagne. Eneko semble saluer l’action, s’associer par ces traits.

Eneko, 20 minutos, 10 juin 2011.

La préoccupation sociale est également très présente, le 10 juin un ouvrier au visage émacié affirme : « Si nos arrodillamos ante los poderosos, nos pedirán que nos arrastremos ».[25] Ici, les puissants sont nommés et l’opposition Puissants/peuple est claire. Eneko exprime son opinion politique, une sorte d’appel à résister, à faire face. L’émotion est le point de départ du mécanisme de réaction et d’analyse. La faim, la misère, la souffrance des gens de peu apparaît sur les visages amaigris. A contrario les visages des puissants sont pleins et expriment le trop quand le peuple est dans le peu. L’austérité dénoncée avec vigueur par Eneko sous la forme récurrente des ciseaux est une agression contre ceux qui ont peu.

Eneko, 20 minutos, 20 juin 2011.

Un autre dessin très fort est publié peu après, le 20 juin 2011. Un puissant, repose sur un confortable fauteuil constitué par une masse agglutinée de personnes. Il est au repos, eux supportent son poids. Ils forment une masse stoïque et compacte mais quelques-uns commencent à s’éloigner, le fauteuil a commencé à s’effilocher pourrait-on dire. L’homme puissant ne le sait pas encore, mais ce peuple semble sortir de sa léthargie et marcher d’un pas décidé dans une autre direction. Eneko exprime l’espoir de voir la situation politique évoluer enfin. Signes d’un possible printemps espagnol, même si les manifestations semblent reculer, Eneko célèbre les « asambleas de barrio »[26] mi-juin, avec des nuages blancs formés de bulles de BD. L’expression de chacun apparaît ici dans un ciel bleu. L’heure n’est plus au sommeil, mais plutôt à la concertation, au dialogue. Il y a du neuf.

Eneko, 20 minutos, 9 mai 2011.

Après le 15-M

Le modèle politique est clairement remis en question par Eneko. Le bipartisme est ainsi représenté en juin sous la forme de deux partis dominants qui s’embrassent malgré l’opposition des couleurs, la connivence est établie. Le message est clair, il faut sortir de cette situation de pseudo-démocratie et ce message rejoint celui des Indignés du 15-M. C’est bien une crise de la représentation politique qui apparaît ici. Pour Eneko ces partis ne peuvent représenter les Espagnols car ils se moquent de ceux qu’ils sont censés représenter. Leur opposition est une façade, un leurre. Celui qu’il appelle le candidat promet tout et son contraire. C’est l’idée de la tromperie qui revient. Les politiques entretiennent une illusion, mais l’alternative n’existe pas encore réellement.

La crise perdure même si la situation politique évolue. L’inquiétude sociale porte notamment sur le travail. Eneko représente la précarité, le travailleur apparaît ainsi comme étant sur un siège éjectable contrôlé par les puissants qui à tout moment peuvent lui retirer son moyen de subsistance. Le dessin du premier juillet illustre une nouvelle fois ce rapport de force inégal entre les lilliputiens et les puissants. La reforma laboral pointe son nez avec le gouvernement Rajoy qui sort vainqueur des élections. Pour Eneko, les droits des travailleurs sont une peau de chagrin et celui qui travaille semble appeler au secours. Fin décembre, les salariés sont présentés comme le personnage de Kafka Grégoire Samsa, insidieusement la métamorphose a fait d’eux des insectes. La malédiction du chômage le conduit à représenter des corps attaqués de différentes façons. Un homme a le bras droit sans muscles ni peau, il ne lui reste que les os et un regard effaré.

L’inquiétude d’Eneko porte aussi sur l’éducation, en septembre, lorsqu’il représente un professeur effacé par une main géante, qui semble anticiper les coupes budgétaires à venir et la réforme de José Ignacio Wert, le futur ministre de l’éducation du gouvernement Rajoy.[27] Quelques jours plus tard il exprimera une nouvelle fois sa sympathie pour les professeurs, représentés sous la forme d’un soleil qui apporte la lumière à un cerveau dans l’obscurité. Ce même cerveau est représenté quelques jours plus tard avec des zones prédécoupées et des ciseaux, dans l’attente des coupes budgétaires. La fin de l’année est marquée par l’austérité que dénonce inlassablement Eneko. Les ciseaux sont très présents, ils menacent les lilliputiens et sont entre les mains des puissants.

Le slogan du 15-M « No somos mercancía en manos de políticos y banqueros »[28] lui va comme un gant[29]. Ceux qui paient les conséquences de la crise, ce sont les citoyens, les victimes : la baisse des salaires et des retraites, le chômage, la perte des logements. Le terme « casta »[30], utilisé par Podemos pour désigner les élites, les puissants, est derrière le dessin d’Eneko lorsqu’il représente un homme en costume. A l’opposé, il prend fait et cause pour ceux qui font face et se battent. De la même façon, il défend les professeurs face aux coupes budgétaires et dessine fréquemment des cerveaux tout en évoquant l’éducation. Son cœur penche aussi du côté de la Grèce en 2011 et de Syriza. Les printemps arabes apportent une touche d’optimisme au début de l’année 2011. Ce réveil des peuples est vu très positivement. Le peuple est ici un héros collectif qui fait contrepoids aux puissants et Eneko s’empresse de célébrer les victoires des petits David contre ceux qui les oppriment politiquement et économiquement. Eneko range l’Union Européenne dans le camp opposé au sien, il rejoint en cela la gauche anti-austérité. Les dessins de Eneko en 2011 préfigurent la ligne de Podemos sur de nombreux points.

Des valeurs et des hommes

En matière politique, l’idée et l’émotion peuvent aller de conserve. Pour le cas qui nous intéresse, il est clair que le sentiment se mêle à l’idéologie. Une colère et une idée se mêlent, car certains sujets ne laissent pas réduire leur dimension affective. Une histoire des émotions d’un pays pourrait montrer les peurs, les joies, les espoirs ou les colères. Ces sentiments parcourent les individus et les sociétés. Ils nourrissent les idéologies et se nourrissent d’elles. Les valeurs auxquelles croient les individus les poussent à agir, d’ailleurs, l’étymologie du mot émeute renvoie au verbe émouvoir.

On remarque chez Eneko une préoccupation portant sur le travail, le logement, l’alimentation et l’éducation. Pérec disait que les problèmes sociaux sont intolérables tous les jours, vingt-quatre heures sur vingt-quatre, et non seulement « préoccupants » en période de grève comme le disaient les journaux de son temps. Tel est bien l’état d’esprit d’Eneko qui garde son cap. Les mécontentements, les souffrances, les colères sont traduites sous une forme graphique. L’émotion dominante est souvent l’empathie. Ce qui nous touche est en lien avec nos valeurs. Derrière les colères et les émotions d’Eneko se lisent les valeurs auxquelles adhère le dessinateur. La fraternité, la justice sociale, l’altruisme… les valeurs de la gauche. Les valeurs d’Eneko sont exposées au choc des événements, de l’actualité en général. Cette actualité suscite une émotion et une analyse qui prennent la forme d’un dessin. Quelques idées et quelques formes sont récurrentes. La mémoire personnelle de l’auteur interagit et produit une idée, une forme qui fera écho, ou pas, chez le lecteur. L’émotion de l’un passe ainsi à l’autre. L’indignation, la colère, la joie, l’admiration, la tristesse sont ainsi convoquées. L’engagement est une action fortement affective, elle implique les émotions de l’individu.

L’empathie fonctionne sur la capacité à ressentir ce que l’autre ressent, une sorte de synchronisation émotionnelle qui est le contraire de l’indifférence. Ce qui touche Eneko fait écho et son public ressent ses sentiments et les partage vraisemblablement. Le dessin de presse utilise volontiers des stéréotypes qui permettent une lecture immédiate. Le costume et la cravate, parfois réduits à la manche de ce costume sur une chemise blanche représentent le pouvoir économique ou politique. Clairement ce signe est associé à la colère, sous une forme plus ou moins véhémente. On remarque aussi la présence d’armes dans les dessins. L’angle d’Eneko est toujours alors celui de la dénonciation de la violence, donc une forme d’indignation, de condamnation. Chez Eneko, l’émotion est un vecteur de changement, un premier pas. Il y a une forme d’optimisme, de foi dans ses dessins qui montrent et bénéficient de l’élan donné par le choc de l’image pour laisser entrevoir un espoir.

Conclusions

Une année de dessins forme un puzzle qui montre les convictions d’Eneko. La lutte des classes est omniprésente dans ces dessins. Le concept est associé à un sentiment, une émotion. C’est un concept dans lequel Eneko a insufflé ses émotions par le dessin. Le sourire du lecteur est souvent plutôt triste car l’auteur montre les côtés sombres sans aller jusqu’à l’humour noir. Il y a plutôt une volonté de montrer, de donner à voir, de transmettre sa vision du monde, son analyse. D’ailleurs, la volonté de transmission le rapproche des professeurs qu’il salue à de multiples reprises au fil des années.

Eneko cherche à réveiller les consciences par la production de signes qui touchent, au-delà des mots. L’image transmet un message émotionnel fort. Dire avec des mots seuls donne une forme linguistique au message. Dire avec la main, pour reprendre le titre de sa rubrique « Dicho a mano » dans 20 minutos, c’est communiquer avec les autres par le dessin, en sortant des limites linguistiques pour prendre un raccourci, un autre chemin pour toucher le lecteur. L’humanité d’Eneko contribue à rendre sa sensibilité au lecteur. Les choses et les personnes redeviennent visibles et donc sensibles. Le mot « migrant » n’a pas de chair. Le dessin représentant un migrant lui en donne.

Eugène Smith, l’auteur de la photographie qui mettait en lumière le scandale du mercure au Japon au début des années 1970 dans la ville de Minamata, considérait que la photographie était une petite voix, capable dans certains cas, d’attirer nos sens et de permettre une prise de conscience. Les émotions d’Eneko ont une fonction similaire. Ses dessins touchent la conscience de ses contemporains. L’humanité d’Eneko touche juste, il y a quelque chose qui rejoint la photographie et la piqûre analysée par Roland Barthes. L’émotion est ainsi un vecteur de la prise de conscience, la voie d’un changement possible, à l’échelle individuelle, celle du lecteur, qui perçoit une information sous l’angle de l’émotion. Le choc du dessin tient en partie à sa vitesse de propagation. Lire un article prend quelques minutes, regarder un dessin est l’affaire de quelques secondes. L’impact est quasi immédiat. Le détour par les mots permet d’intellectualiser, de donner une forme moins sensible aux choses représentées. Le dessin prend de vitesse et s’adresse à notre humanité sans le filtre des mots et des phrases. Derrière les émotions pointent les valeurs de l’individu.

Il y a quelque chose qui ressemble à Eduardo Galeano dans ces dessins. Leurs engagements se ressemblent. Leur ton également, une certaine élégance. Comme Galeano, Eneko cherche à développer une forme de conscience politique, à conscientiser via le dessin et les émotions qui sont le vecteur des valeurs. On peut voir aussi une ressemblance avec Ken Loach. Le choix des sujets montre un engagement social et politique solide et constant. Tous ont en commun le concept d’indignation, ce sentiment proche de la colère, dont la cause est morale. Il s’agit de la question de la justice sociale, la dignité. Ce noyau positif la différencie des autres colères. La notion de dignité de la personne humaine renvoie à l’humanisme, au respect dû à la valeur humaine. On voit bien comment s’articule cette notion avec les valeurs de la Résistance qui ont profondément marqué Stéphane Hessel. L’indignation, c’est un sentiment de révolte, le moment où l’on passe d’un état passif à un état actif sur le plan moral et politique. C’est donc le moment où se taire devient impossible car l’enjeu est trop important. Une forte émotion politique circule, une énergie politique, celle qui alimente les mouvements, les révolutions, les bouleversements. La personne qui ressent cette émotion a un fort sentiment de scandale, d’inacceptable.

Descartes affirmait dans Les passions de l’âme (1650 : 249) que « l’indignation est une espèce de haine ou d’aversion qu’on a naturellement contre ceux qui font quelque mal de quelque nature qu’il soit. ». Quelqu’un d’indigné est donc quelqu’un chez qui on a touché le nerf de la dignité. Eneko fait preuve d’une grande cohérence en la matière. Il sait parfaitement ce qui est intolérable à ses yeux. Son ennemi est celui qui atteint la dignité d’autrui par ses politiques, ses discours, ses décisions ou ses actes. Cette atteinte à la dignité humaine provoque une réaction épidermique, une émotion instantanée qui prend la forme d’un dessin. Son dessin. Un autre dessinateur l’aurait représenté autrement. En effet, le traitement de l’information par les dessinateurs de presse donne lieu à des productions très variées. Certains auteurs caricaturent davantage, cherchent le rire ou utilisent plus de mots, comme Bernardo Vergara, par exemple. Eneko, pour sa part, est un adepte du peu. Dire peu pour suggérer beaucoup pourrait être sa devise. Il y a du haïku dans sa démarche. Mais ce peu touche encore plus fort. Lire les dessins d’Eneko, c’est pour le lecteur une façon de cultiver sa capacité à l’empathie, de faire le lien entre une information et une émotion, d’humaniser un discours en lui donnant une forme sensible. L’indignation exprimée par Eneko correspond à la colère de 2011 en Espagne, celle qui donne la capacité de transformer une émotion en action.

 


Auteur


François Malveille
Université Paris Nanterre
[fmalveil@parisnanterre.fr]

 


Œuvres citées


  • ALLAIN, Annie, GLADIEUX, Marc, MALVEILLE, François (éd.), Lecture(s) de l’actualité et paysages médiatiques : regards croisés sur l’international, Villeneuve d’Ascq, CEGES Lille 3, 2011.
  • BOQUET, Damien, PIROSKA, Nagy,  « Émotion(s) », Dictionnaire de l’historien, Paris, Presses universitaires de France, 2015.
  • CHAPUT Marie-Claude, PELOILLE Manuelle (éd.), Humor y política en el mundo hispánico contemporáneo, Paris, Pilar, 2006.
  • DESCARTES, René, Les passions de l’âme, Amsterdam, Elzevier, 1650.
  • DIDI-HUBERMAN, Georges, Quelle émotion ! Quelle émotion ?, Paris, Bayard, 2013.
  • GAUVARD, Claude, SIRINELLI, Jean-François (éd.), Dictionnaire de l’historien, Paris, Presses universitaires de France, 2015.
  • GERVEREAU, Laurent, Voir, comprendre, analyser les images, Paris, La Découverte, 2004.
  • LAIRYS-DUBOSQUET, Françoise, « El Roto, Chroniques d’une haine ordinaire ». Humor y sociedad en el mundo hispánico contemporáneo. Paris : Pilar, 2007.
  • LEYDIER, Gilles (éd.), « La civilisation : objet, enjeux, méthodes », Babel : langages, imaginaires, civilisations, 9, 2004.
  • MALVEILLE, François, « Une nouvelle image des USA dans l’Espagne du début du XXIe siècle ? Le« Non à la guerre » en Irak dans les pages de l’hebdomadaire satirique El Jueves », Lecture(s) de l’actualité et paysages médiatiques : regards croisés sur l’international, Villeneuve d’Ascq, CEGES Lille 3, 2011, p. 23-36.
  • MILLAT, Gilbert, « Traits persistants – Temps et espace du dessin de presse politique britannique », [Numéro thématique, La civilisation : objet, enjeux, méthodes, de : ], Babel : langages, imaginaires, civilisations, n° 9, 2004, p. 227-247.

 


Notes


[1] Les dessins d’Eneko sont disponibles en février 2017, notamment, sur le site de 20 minutos, sur le site de la revue Interviú et sur le compte Twitter d’Eneko [https://twitter.com/enekohumor].

[2] Gervereau, 2004 : 116.

[3] « Je m’appelle Eneko, je suis né à Caracas en 1963 et je suis dessinateur. Certains de mes dessins semblent avoir maintenant leurs propres vies. »

[4] « L’humoriste ».

[5] Lairys-Dubosquet, 2007 : 91.

[6] Didi-Huberman, 2013 : 35.

[7] Didi-Huberman, 2013 : 44.

[8] Didi-Huberman, 2013 : 46-49.

[9] Boquet, Piroska, 2015 : 215.

[10] Dessinateur de presse.

[11] Jeu de mots difficilement traduisible fondé sur les mots año (année) et engaño (tromperie). Le personnage souhaite donc une heureuse nouvelle année de mensonges.

[12] « On m’accuse d’avoir deux morales. En fait, je n’en ai aucune ! ».

[13] « Le maître ».

[14] Malveille, 2011.

[15] Dictionnaire biographique espagnol, réalisé par l’Académie d’histoire (RAH).

[16] « Victimes du franquisme »

[17] « Quand il s’est réveillé, ses droits avaient disparu. »

[18] Équivalent espagnol de la guillotine, par strangulation.

[19] « Tunisie. »

[20] Troisième république.

[21] « L’expulsion de [la Puerta del] Sol. »

[22] Comité qui supervise les élections en Espagne.

[23] « Ce dessin a été réalisé hier, mardi 17, dans l’après-midi. La situation à Puerta del sol est changeante, elle est maintenant à nouveau [occupée par la foule]. Je suis solidaire également des mouvements des autres villes. »

[24] « INDIGN-ACTION ».

[25] « Si nous nous agenouillons devant les puissants, ils nous demanderont de ramper. »

[26] « Assemblées de quartier ».

[27] LOMCE, (Ley Orgánica para la Mejora de la Calidad Educativa) en 2013.

[28] « Nous ne sommes pas des marchandises entre les mains des politiques et des banquiers ».

[29] Les nombreux slogans du 15-M mériteraient une étude. Ils rivalisent en créativité et en capacité d’évocation avec ceux de mai 1968, tel que par exemple « Nuestros sueños no caben en vuestras urnas ». Les dessins de Eneko claquent souvent comme des slogans visuels, des concentrés efficaces et parfois poétiques.

[30] La caste.

 

 

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