« Oh, the audacity ! » : vocabulaire de l’audace dans l’anglais d’hier et d’aujourd’hui


Résumés


Cet article présente les différents termes employés en anglais pour exprimer le concept d’audace. Il compare brièvement les emplois de « audacity » et « boldness » en anglais contemporain avant d’examiner les termes utilisés en vieil- et moyen-anglais.

This paper is a presentation of the terms used in English to express the concept of “audace”. A brief comparison of the uses of “audacity” and “boldness” in Present-Day English is followed by an examination of the words used in Old and Middle English.

Mots-clés : audace, lexique, vieil-anglais, moyen-anglais, corpus
Key words: audacity, boldness, lexicon, Old English, Middle English, corpora

 

Le terme français « audace » a été adopté en anglais à la fin du Moyen Âge sous la forme « audacite[1] », puis « audacity ». Il est actuellement en concurrence avec un autre terme, d’origine germanique celui-là, « boldness », dérivé de l’adjectif « bold ». Ces deux termes présentent certaines similarités du point de vue de leur distribution. Ainsi, ils semblent tous deux être d’un emploi relativement plus fréquent dans les textes de fiction[2], et au contraire d’un emploi plus rare à l’oral, surtout en ce qui concerne « boldness[3] ». L’utilisation du nom « audacity » à l’oral est d’ailleurs plus limitée qu’il n’apparaît à première vue. Un examen rapide des corpus librement accessibles montre que ce nom apparaît à l’oral essentiellement au sein d’une expression figée « to have the audacity of doing/to do something » (« avoir l’audace / le culot de faire quelque chose[4] »). Cette expression représente la moitié des occurrences à l’oral dans le Corpus Of Contemporary American (COCA) et la quasi-totalité des occurrences orales dans le British National Corpus[5] (BNC).

Une comparaison des collocations de ces deux termes révèle toutefois des différences intéressantes dans la manière dont ils sont conceptualisés. Ainsi, les adjectifs les plus surreprésentés[6] avec « boldness » sont « increasing », « growing » (« croissant » dans les deux cas), « real » (« réel), « great(er) » (« (plus) grand ») et « certain » (« certain », « relatif »), c’est-à-dire des termes indiquant un degré plus ou moins fort, tandis que l’on rencontrera plutôt des adjectifs dénotant un absolu pour « audacity » tels que « sheer » (« absolu »), « unmitigated » (« sans mélange »), « breathtaking » (« à couper le souffle ») et « pure » (« pur »). Les choix de déterminants sont également contrastés : l’article indéfini « A » est surreprésenté avec « boldness » et l’article défini « THE » avec « audacity ». On a déjà noté que l’expression « have the audacity to do something » était très fréquente à l’oral. C’est vrai aussi à l’écrit, l’expression représentant au moins 30% des occurrences en anglais américain et 21% en anglais britannique[7]. La différence entre les deux dialectes s’explique en partie par la teneur différente des deux corpus utilisés[8], mais pas seulement : une comparaison entre les corpus britanniques et américains de Google Ngram Viewer révèle en effet que depuis la fin des années 1970, l’augmentation de la fréquence de cette expression a été plus forte en anglais américain, même si la tendance est à la hausse dans les deux corpus. L’expression « have the boldness to » existe aussi, mais elle est beaucoup plus rare[9] et de manière générale il est assez peu fréquent pour « boldness » d’être complété par une subordonnée nominale à l’infinitif.

Il est probable que la préférence pour « audacity » dans ce contexte soit liée à l’influence du français[10], mais elle est en tout cas cohérente avec la répartition sémantique entre « boldness » et « audacity » suggérée par les autres collocations. Lorsque l’audace est totale est qu’elle a un contenu clairement défini (notamment par une subordonnée nominale), le terme « audacity » est préféré, tandis que « boldness » permet de décrire des audaces de degrés et de qualités variables (« boldness of thought », « audace de pensée » ; « boldness of expression », « audace d’expression »), parfois aussi un courage que l’on cherche à rassembler avec plus ou moins de succès[11].

Au cours du XXe siècle, la fréquence d’emploi des deux termes a été assez comparable[12]. Tel n’a toutefois pas toujours été le cas. Jusqu’à la seconde moitié du XIXe siècle au moins[13], « boldness » était d’un emploi nettement plus fréquent que « audacity ». Avant cela, d’autres mots encore étaient en concurrence pour exprimer ce concept.

Le mot « boldness » n’a qu’une seule attestation connue en vieil-anglais, dans un texte du IXe siècle, la Martyrologie vieil-anglaise, où la forme baldnisse apparaît dans l’entrée consacrée à saint Etienne (Iudeas hine eft mid stanum ofwurpon for þan þe he mid micelre baldnisse ciðde þæt se hælend wære soð godes sunu, « les Juifs le tuèrent à coups de pierres pour avoir révélé avec beaucoup de courage que le sauveur était le vrai fils de Dieu »). Le nom byldu (et ses variantes orthographiques : bieldu, belde, bældo, bealde, etc.), issu de la même racine[14], est en revanche plus fréquent (40 occurrences d’après le Dictionary of Old English de Toronto, auxquelles s’ajoutent 6 occurrences de la variante préfixée gebyldu). Il est intéressant de constater qu’alors que l’adjectif beald est relativement plus employé en poésie, et presque toujours dans un sens positif, le nom se rencontre essentiellement dans des textes religieux en prose, où il est ambivalent : entre courage, constance, vaillance (latin fortitudo), voire confiance, foi, et à l’opposé témérité, présomption, imprudence. Il est à noter que même dans la poésie, où le vocabulaire martial est en général très présent, y compris dans les textes religieux, beald ne semble pas associé prioritairement à un courage au combat : plusieurs citations font au contraire référence au courage d’une prise de parole[15] ou d’une conviction, en particulier religieuse.

En moyen-anglais, le nom byldu, devenu belde continue à être employé pendant toute la période et semble disparaître peu après[16]. Il acquiert également à cette époque de nouveaux sens : « force », « pouvoir » et surtout « protection », « soutien », « encouragement », sans doute en partie sous l’influence du verbe belden (« encourager », « soutenir », « protéger). Ainsi, des 30 citations recensées par le Middle English Dictionary, une seule (Sir Gawain and the Green Knight, v. 650) peut se traduire par « courage » et aucune ne correspond véritablement à « audace ». En revanche, c’est à cette époque que le nom dérivé à l’aide d’un suffixe boldnesse semble prendre son essor[17]. Le Middle English Dictionary glose ce terme à la fois par « courage », « confiance », « arrogance » et « force ». A cette époque, boldnesse est fréquemment associé à hardinesse (« hardiesse ») et les deux sont utilisés pour gloser aussi bien audacia que fortitudo.

Le nom hardinesse, formé par l’ajout du suffixe nominal germanique -ness(e) à l’adjectif hardi, est lui-même, à cette époque, en concurrence avec le nom dérivé emprunté au français, hardiesse. Le nom hardiesse semble être apparu en premier, avec les premières occurrences attestées au tout début du XIVe siècle, mais il est resté d’un emploi plus marginal. De nos jours, il reste mentionné dans les dictionnaires, mais aucun des corpus récents examinés dans le cadre de ce travail ne révèle d’occurrences autres que des citations en français dans des textes anglais. Même dans Early English Books Online, sur les 10 occurrences du mot répertoriées pour le XVIIe siècle, seules 4 se rencontrent effectivement dans des phrases en anglais[18], les autres viennent de citations en français dans des textes anglais. Quant à hardinesse, il semble être apparu un peu plus tard, vers la fin du XIVe siècle, mais il reste d’un emploi relativement courant de nos jours. Il a toutefois changé de sens entre temps. En moyen-anglais, hardinesse a comme sens principal « courage », « audace », mais dès le début une confusion existe avec le mot d’origine germanique[19] hardnesse (« dureté », « sévérité ») et de nos jours, aussi bien pour l’adjectif « hardy » que pour le nom « hardiness », cette influence a fait disparaître l’idée d’audace pour ne garder que celle de robustesse et de vigueur (notamment pour les plantes).

Un certain nombre d’autres racines germaniques ont également été utilisées au Moyen Âge pour exprimer le concept d’audace, même si les mots en question n’ont pour la plupart pas survécu jusqu’à notre époque. Ainsi, le vieil-anglais a plusieurs noms formés sur la racine dyrst, du proto-germanique *dursti, « courage » (vieux-haut-allemand giturst), dérivé du verbe *durzan, ancêtre de « to dare », « oser » : gedyrst[20], et surtout dyrstignes et gedyrstignes qui présentent l’ambivalence caractéristique de l’audace, courage, intrépidité, mais aussi témérité, présomption, arrogance selon les contextes. Le mot survit jusqu’au début de la période moyen-anglaise sous la forme durstinesse, mais on ne trouve plus d’occurrence de cette forme ou des mots apparentés au-delà du XIIe siècle.

En vieil-anglais, on rencontre aussi les noms þrīstlǣcnes et þrīstnes, formés à partir de l’adjectif þrīste (vieux-saxon thrîsti), « audacieux », « courageux », « présomptueux ». Le mot est listé dans le Middle English Dictionary sous la forme thristnisse, mais la seule occurrence est un texte en vieil-anglais recopié au XIIe siècle. Le nom dearfscipe, dérivé de l’adjectif dearf, « courageux », « audacieux », « présomptueux » a eu à peine plus de succès au-delà de la période vieil-anglaise : la forme derfshipe n’a qu’une occurrence attestée, vers 1200, avec le sens d’irrévérence ou de sacrilège. La forme apparentée derfnesse (« audace », « irrévérence » ou bien « tribulations », « difficultés », sens attestés dès le vieil-anglais pour la forme équivalente gedeorfnys) a seulement quatre occurrences recensées, deux sens confondus, alors que l’adjectif semble avoir été plus employé, notamment au nord du pays, sous l’influence scandinave (vieux norrois djarfr). Quant aux noms nōþ et nēþing (« témérité », « présomption », « courage », « audace »), tous deux liés étymologiquement à la racine proto-germanique *nanpjan, « oser », « avoir le courage » (vieil-anglais nēþan), ils étaient déjà peu attestés en vieil-anglais et ne semblent avoir laissé aucune trace en moyen-anglais.

D’autres mots ont survécu plus longtemps, mais en perdant le sens de courage ou d’audace. Ainsi le nom ellen, « courage », « force », dérivé du proto-germanique *aljana, « zèle » (vieux-norois eljan, « endurance », « énergie », vieux-haut-allemand ellian, « courage »), très utilisé en poésie et à l’origine de nombreux composés en vieil-anglais, a survécu en moyen-anglais sous la forme elne, mais avec un sens de « force » ou de « vigueur ».

Un dernier terme intéressant mérite d’être noté en guise de conclusion, celui de mōd. Ce mot, encore bien attesté aujourd’hui (« mood », signifiant « humeur ») a, en vieil-anglais, un sens très large. D’après le dictionnaire de référence de Bosworth & Toller, il désigne la personne intérieure, spirituelle, par opposition au corps de la personne. Selon les contextes, il peut ainsi signifier « raison », « esprit », « âme », « cœur », « humeur », « fierté » ou encore « courage ».

Dans le poème de la Bataille de Maldon, deux vers célèbres posent des difficultés d’interprétation à cause de leur emploi du composé ofermōd : Đā se eorl ongan for his ofermōde / ālȳfan landes tō fela lāþere ðēode (v. 89-90 « Alors l’homme de haut rang, en raison de son ofermōd, céda trop de terrain au peuple plus haïssable »). A ce moment critique, où le chef Byrhtnoth[21] accepte de laisser traverser le gué aux envahisseurs danois pour qu’ils s’affrontent de l’autre côté de la rive, plutôt que de défendre le gué et leur refuser le passage, fait-il preuve d’un excès de fierté (superbia), d’un excès de courage (temeritas) ou bien au contraire d’un courage supérieur (audacia), qu’il conviendrait d’admirer ? Toute la difficulté de répondre à cette question réside dans le fait que le poème est profondément laudateur, mais qu’il célèbre une défaite. Doit-on admirer ce « surplus de cœur » de la part de Byrhtnoth, qui le distingue de ceux qui ont préféré céder aux danois et accepter de leur payer un lourd tribut, ou au contraire déplorer l’attitude qui l’a conduit à trouver une mort, certes honorable, mais peut-être vaine ? On trouve là toute l’ambivalence de l’audace, potentiellement vice ou vertu, mais toujours en excès par rapport à la norme commune.

 


Autrice


Élise Louviot
URCA, CIRLEP EA 4299
[elise.louviot@univ-reims.fr]

 


Œuvres citées


 


Notes


[1] Premières attestations connues au XVe siècle d’après le Middle English Dictionary : dans le poème The Libel of English Policy (c. 1436) et dans une traduction anonyme du Polychronicon de Ranulf Higdon (c. 1425).

[2] Cette tendance s’observe à la fois en comparant le corpus « English » et le corpus « English Fiction » sur Google Ngram Viewer, qui permet de comptabiliser la fréquence d’emploi de mots ou expressions présents dans les textes numérisés, dans le cadre du programme Google Livres, et en observant la catégorie « fiction » au sein du British National Corpus (BNC). Le corpus américain équivalent (Corpus Of Contemporary American, COCA) n’a malheureusement pas de catégorie équivalente, ce qui empêche de faire une comparison directe.

[3] Le terme « audacity » a une fréquence comparable à ce que l’on observe dans le reste du corpus dans la partie orale du BNC et légèrement inférieure (1,21 par million de mots contre 1,55) dans COCA. En ce qui concerne « boldness », le contraste est plus fort : il n’y a aucune occurrence à l’oral dans le BNC (contre une fréquence de 0,96 par million au global, soit 96 occurrences) et il y a une fréquence de seulement 0,43 à l’oral dans COCA, contre 0,91 au global.

[4] On peut aussi rencontrer l’expression sous une forme abrégée, comme une exclamation : « the audacity ! » (« le culot ! »). Cette expression semble cependant plus attestée dans de l’écrit oralisé que dans de l’oral spontané authentique : les 13 occurrences de « the audacity! » recensées dans COCA se rencontrent dans des films, des écrits de fiction et des pages internet écrites dans un style oralisé, mais il n’y a aucune occurrence dans de l’oral authentique dans COCA.

[5] 65 sur 122 occurrences si l’on met de côté les 30 occurrences supplémentaires qui sont des références au livre d’Obama intitulé The Audacity of Hope ; 10 sur 11 occurrences dans le BNC. Il semblerait d’ailleurs que l’emploi de cette expression soit actuellement en hausse, au moins en anglais américain : COCA, qui couvre la période 1990-2019, a sa fréquence la plus élevée pour cette expression dans la période la plus récente (2015-2019). Cette tendance semble confirmée par Google Ngram Viewer, qui montre une forte tendance à la hausse à partir des années 2000 aussi bien anglais américain qu’en anglais britannique, avec une amorce d’inversion de tendance dès les années 1980 (auparavant, la tendance était nettement à la baisse dans les deux dialectes).

[6] Cette recherche a été menée sur COCA et sur le BNC dans l’interface de English-Corpora.org, qui permet de classer les collocations en fonction du ratio entre la fréquence des deux collocations (ex. « sheer audacity » par rapport à « sheer boldness »), lui-même divisé par le ratio entre la fréquence respective de ces deux termes au global (ex. : « audacity » par rapport à « boldness »), ce qui permet de corriger des effets de distorsion dans les cas où l’un des deux termes est nettement plus fréquent que l’autre au global. Les résultats donnés proviennent essentiellement de COCA : ils sont en partie confirmés par le BNC mais la taille plus restreinte de ce corpus est telle que les résultats étaient beaucoup plus limités. On a pris en compte le mot situé immédiatement avant le nom, une position typique en anglais pour l’adjectif épithète ou le déterminant.

[7] Les chiffres prennent en compte uniquement les occurrences présentant la séquence [forme du verbe « have » + « the audacity to »], ce qui peut exclure quelques occurrences supplémentaires où « audacity » serait complété par l’adjectif « sheer » par exemple.

[8] COCA comprend notamment beaucoup de blogs dans sa partie écrite, ce qui correspond à une langue plus proche de l’oral que ce que l’on observe dans le BNC, et l’expression est bien représentée dans cette section du corpus.

[9] Aucune attestation dans le BNC et seulement 5 dans COCA contre plusieurs centaines pour « have the audacity to ».

[10] D’après Google Ngram Viewer, l’expression [forme du verbe « avoir » + « l’audace de »] est nettement plus fréquente (environ deux fois plus en moyenne) en français que [forme du verbe « have » + « the audacity to »] en anglais (tous dialectes confondus) sur toute la période 1800-2008, sans même prendre en compte les emplois où « de » apparaît sous la forme « d’ ». Les premières occurrences de « have the audacity to » et « have the boldness to » dans le Corpus Of Historical American (COHA) sont peu nombreuses (moins de dix par décennie), mais « audacity » l’emporte rapidement sur « boldness » alors qu’à cette époque « boldness » est globalement environ deux fois plus fréquent que « audacity » par ailleurs. De plus, l’expression « have the audacity » représente plus du tiers (37% ou 18/49) des occurrences de « audacity » dans COHA dans les années 1810 et 1820 alors que « boldness » apparaît dans des contextes plus diversifiés. Il me paraît donc probable que l’expression soit un calque du français et que sa popularité ait contribué à celle du mot « audacity » plus généralement.

[11] Parmi les exemples répertoriés dans COCA de « boldness » suivi de l’infinitif, on a ainsi « She searched for her boldness to face… » (« elle chercha à rassembler son courage pour affronter… » ; « I worked up the boldness to answer » (« je rassemblai le courage de lui répondre ») ou encore « she tried to gather enough boldness to approach him » (« elle essaya de trouver assez de courage pour l’aborder »).

[12] D’après Google Ngram Viewer, depuis 1920 environ, les termes « audacity » et « boldness » ont des fréquences d’emploi relativement comparables, même si « boldness » reste légèrement plus fréquent. Il faut cependant se rappeler que Google Ngram Viewer ne comprend que des sources écrites alors qu’on a vu qu’actuellement « boldness » est d’un emploi très restreint à l’oral. Dans COHA et dans Hansard (le corpus des débats du parlement britannique), la fréquence des deux termes se rapproche dès la deuxième moitié du XIXe siècle. Le BNC (qui rassemble des documents des années 1980 jusqu’à 1993) donne des fréquences presque identiques pour les deux termes, et ce serait le cas également dans COCA, à condition de ne pas prendre en compte les données à partir de 2005, où la fréquence du terme « audacity » augmente nettement (autour de 1,5 occurrence par million de mots, contre un peu moins de 1 auparavant).

[13] Voir la note précédente.

[14] De nombreux noms formés à partir d’un adjectif se distinguent en vieil-anglais par une voyelle plus antérieure, comme c’est le cas ici. Ce phénomène s’explique par le fait que la dérivation du nom s’est faite à l’origine par l’ajout d’un suffixe commençant par le son [i], mais le suffixe a été perdu entre le proto-germanique et le vieil-anglais, ne laissant que la modification de voyelle comme trace de sa présence (métaphonie par [i]). On reconnaît toujours ce phénomène dans certains mots anglais actuels (« long » et « length », « strong » et « strength » en sont sans doute les plus connus).

[15] Ainsi, dans le poème de l’Exode (v. 252), l’adjectif est employé dans un contexte martial, mais il est attribué au héraut qui prend la parole devant l’armée, et non à un guerrier engagé dans le combat.

[16] La seule occurrence post-médiévale présente dans le corpus Early English Books Online (755 millions de mots, 1470-1700) est dans un texte de 1603, où le nom beld apparait dans la formule figée allitérative beld and blis « réconfort et bonheur ».

[17] Une autre forme suffixée, boldshipe, glosée par le Middle English Dictionary par « audace » et « arrogance », apparaît également à cette époque, mais les occurrences attestées sont très peu nombreuses (seulement 3 recensées).

[18] L’occurrence en anglais la plus récente que j’ai trouvée est un texte publié en 1904 par l’auteur britannique Maurice Hewlett, The Queen’s Quair. Le mot est cependant écrit en italique, ce qui suggère qu’il est perçu comme un mot étranger.

[19] De fait, « hard » et « hardi » sont tous deux d’origine germanique et apparentés : le mot français est en effet dérivé du francique hardjan et les deux mots sont donc à rattacher à la racine proto-germanique *hardu, « dur », « sévère ».

[20] La seule attestation de ce mot est cependant douteuse d’après le Dictionary of Old English de Toronto.

[21] Il se trouve que le nom de ce personnage historique est justement composé de la racine nōþ (« témérité », « courage », « audace ») mentionnée plus haut, associée ici à l’adjectif byrht ou beorht (anglais contemporain « bright ») signifiant « brillant », « lumineux », « éclatant ».